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Incendie. « C'est la triple peine » : un mois après, les animaux de la forêt de Fontainebleau souffrent toujours

« Ce n’est qu’une goutte d’eau, mais c’est déjà ça », constate Yannick Dagneau en remplissant des bassines d’eau mises à disposition des animaux. C’est sur un terrain privé, en bordure de la forêt domaniale de Fontainebleau (Seine-et-Marne), qu’a été installé ce « sanctuaire pour animaux ». Sur le sol, des traces fraîches témoignent du passage de cerfs venus s’abreuver au lever du jour. Avec d’autres bénévoles de son association Pour une forêt vivante, le photographe animalier vient régulièrement vérifier les points d’eau, pour offrir à la petite comme à la grande faune sauvage un peu de fraîcheur et de répit - un espace où les promeneurs et chasseurs ne peuvent pas pénétrer.

L’été 2026 n’est pas encore terminé, mais a déjà laissé des traces presque indélébiles. Il y a tout juste un mois, un incendie ravageait la forêt de Fontainebleau , détruisant 2 200 hectares de végétation. « Sur cette zone, toute la petite faune – hérissons, reptiles, insectes, mustélidés – y est passée. La grande faune, les cerfs, biches, chevreuils, sangliers, renards, blaireaux, a fui et s’est déplacée », rappelle Yannick Dagneau.

Une sécheresse exceptionnelle

Les animaux doivent aussi composer avec une chaleur extrême, qui dure depuis plusieurs mois et assèche les cours d’eau ainsi que la végétation dont ils se nourrissent. Une sécheresse d’une ampleur telle que le photographe animalier, pourtant habitué à observer cette région où il habite depuis des années, dit n’avoir jamais connue. « C’est malheureusement un avant-goût de ce qu’on va connaître dans le futur », déplore-t-il.

Créé il y a un an, le sanctuaire offre donc un peu de sursis dans une période particulièrement difficile pour la faune sauvage. Comme Yannick Dagneau et son association, d’autres bénévoles déposent des bassines d’eau aux abords du massif, avec des cailloux et des branchages pour permettre aux plus petits animaux de s’y désaltérer sans risque. La forêt domaniale reste, elle, interdite d’accès depuis l’incendie, au moins pour une semaine encore à compter du 15 août. Aucun bilan sur le nombre d’animaux morts ou blessés n’a pour l’heure été communiqué par l’Office national des forêts (ONF), en charge du site domanial, car « impossible à recenser ». Des dizaines d’associations, prêtes à intervenir, restent dans l’attente de pouvoir y accéder.

À cette situation s’ajoute une autre inquiétude : la reprise de la chasse. « Nous devons laisser la faune se reposer et suspendre pendant un an la chasse sur l’ensemble du massif forestier », défend le président de l’association Pour une forêt vivante. Une demande largement soutenue par d’autres associations et de nombreux particuliers, en témoignent les milliers de signatures recueillies sur des pétitions.

Stopper les tirs sanitaires

La polémique a pris une nouvelle ampleur après l’abattage, le 29 juillet, de deux cervidés – une biche et un daguet – retrouvés agonisants au Grand Parquet, en bordure de la forêt domaniale. La mairie d’Achères-la-Forêt (Seine-et-Marne) a indiqué qu’il s’agissait d’une « opération sanitaire ciblée », menée sur arrêté préfectoral par un lieutenant de louveterie, afin de « mettre fin à la souffrance des animaux sévèrement atteints et condamnés ».

Une décision qui a suscité colère et indignation par les associations de protection animale Futur et PAZ. Jeudi, une centaine de personnes se sont rassemblées à leur initiative devant la préfecture de Melun (Seine-et-Marne) pour dénoncer ces tirs et réclamer « l’arrêt immédiat de la chasse des animaux blessés par les feux ».

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Pour Vuk, lanceuse d’alerte à l’association Futur, ces interventions sont « inadmissibles ». « Les animaux ont déjà subi la canicule, les feux de forêt et maintenant les tirs, c’est la triple peine », déplore-t-elle. Elle questionne également les décisions prisent pour ces deux animaux : « Il n’est pas vétérinaire, ne fait pas partie d’un centre de soins. Comment peut-il définir si un animal peut être soigné avec un fusil à la main ? »

L’association assure pourtant avoir anticipé les besoins. « Nous nous sommes organisés avec les centres et les vétérinaires, pour pouvoir transporter les animaux. Nous sommes prêts à intervenir. Et si un professionnel juge qu’un animal n’est pas soignable, il est euthanasié. Mais il ne prend pas une balle dans la tête », s’offusque Vuk. L’accès au massif leur étant interdit, les bénévoles ont dû intervenir à ses abords pour aider les animaux. Futur a déjà adressé un courrier au préfet de Seine-et-Marne pour demander un arrêt de la chasse dans les zones brûlées et les zones refuges pendant deux ans.

Sophie David. Photo DR.

« On commence à revoir de la vie » : après l’incendie de Fontainebleau, la faune sauvage reprend ses marques

Un mois après l’incendie de Fontainebleau, Sophie David, responsable du service environnement et accueil du public à l’Office national des forêts (ONF) pour l’agence Île-de-France Est, constate un retour de la faune sauvage sur le périmètre sinistré.

Quel est l’état de la faune sauvage, un mois après les incendies ?

« On ne peut pas faire d’inventaire sur une population sauvage, il est donc impossible de produire des données chiffrées. On sait qu’un bon nombre d’animaux dans l’incapacité de se déplacer (reptiles, amphibiens, insectes) ont péri. Les grands animaux et les oiseaux en âge de voler ont eux pu fuir l’incendie. Dans certains cas, les dépouilles d’animaux morts ont pu servir de nourriture aux survivants. »

Les animaux survivants ont-ils réinvesti la zone incendiée ?

« On voit beaucoup d’animaux sur ces parcelles. La forêt étant fermée au public, ils n’ont pas besoin de se cacher. Ils revivent la période de quiétude du confinement, où les forêts étaient interdites à la population. Certaines bêtes s’allongent sur les routes forestières pour se détendre, ce qu’on n’observe pas habituellement. Même sans pluie, la végétation repousse. De jeunes pousses de chênes apparaissent. On aperçoit aussi de la molinie, une plante plutôt friande d’humidité mais qui arrive à repousser dans ces conditions. Dès qu’il pleuvra, la repousse sera plus intense et permettra de nourrir davantage la faune. Pour d’autres animaux à la mobilité plus réduite, comme les reptiles, la colonisation des milieux incendiés va être plus longue parce qu’ils doivent réinvestir les lieux. Aujourd’hui (vendredi), dans la zone incendiée, j’ai aperçu des libellules, des lézards, des grands mammifères, des oiseaux. On commence à revoir de la vie. »

Replanter sur la zone incendiée pourrait être une solution pour aider la faune sauvage ?

« Il faut se garder de tout anthropomorphisme. Les animaux sauvages sont résilients et habitués à s’adapter à leur milieu. Certes, l’incendie et la période de sécheresse actuelle rendent leurs conditions de vie plus délicate. Mais la faune sauvage se débrouille : elle est capable de trouver de l’eau et de la nourriture dans la forêt ou ailleurs. Avant de replanter, il faut observer la nature sur une période d’au moins deux à trois ans. Ensuite, on pourra se questionner sur le choix des essences à privilégier en vue de rebâtir des parcelles qui arriveront à maturité dans plusieurs dizaines d’années. »

Autoriser l’accès des parcelles incendiées aux bénévoles de la protection animale est-il envisageable ?

« On comprend et on respecte l’engagement des associations liées à la cause animale. Mais notre responsabilité, c’est de protéger le public. Vu l’état du périmètre sinistré, faire rentrer des bénévoles n’est pas envisageable. Et quand bien même ils pourraient rentrer, il est peu probable que des animaux sauvages aient besoin d’être secourus un mois après l’incendie. Les chutes d’arbres sont nombreuses. Il faut réaménager et sécuriser les sentiers. Ça va prendre du temps. Le public ne pourra pas accéder à certaines parcelles incendiées pendant au moins un an. Pour d’autres zones, une fermeture d’au moins plusieurs mois sera nécessaire afin de mener les travaux de réhabilitation. À plus court terme, l’ensemble du massif n’a pas brûlé mais reste interdit d’accès. Tant que le risque d’incendie reste élevé en raison des conditions météorologiques, rouvrir présente un danger. »

La zone incendiée est dangereuse pour les humains. Pour les animaux aussi ?

« Ce n’est pas comparable, la faune est habituée à vivre dans la forêt. Les animaux développent un instinct de survie, ils sont attentifs aux signes annonciateurs et parviennent à fuir. En tant que gestionnaire de la forêt, on est attentifs à l’évolution de la situation. Avec la sécheresse de cette année, on sait que de nombreux arbres vont dépérir dans les prochains mois à cause du stress hydrique. On doit prendre en compte ce paramètre pour mener les travaux de sécurisation. »

Propos recueillis par Octave Odola