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Besoin de main-d'œuvre dans les entreprises wallonnes : 90 000 promesses d'embauche en 2026, combien en 2027 ?

Nous sommes à Sprimont. À l'Atelier du Théâtre du Pain, Axel travaille de nuit. Il est 10 heures du matin. En principe, il devrait avoir terminé depuis un bon moment. Mais puisque la presse est de passage, il a bien voulu rester et faire un supplément d'éclairs au chocolat.

Dans l'air flotte une odeur familière, mélange de pain frais et de goûter du dimanche.

Axel s'active sur son plan de travail. Trancher la pâte à chou, ouvrir le ventre de l'éclair, y déposer à la douille la crème pâtissière sur toute la longueur, étaler ensuite une généreuse langue de glaçage. Enfin, plonger les deux extrémités dans les granulés au chocolat. Pas de geste inutile, maîtrise totale, tout en délicatesse.

C'est son premier métier. C'était ses études. Sa passion. "La boulangerie-pâtisserie, je suis dedans depuis que je suis tout petit : c'était le métier de mon papa". Axel s'y frotte depuis deux ans et demi maintenant.

Le travail de nuit, le boulot le week-end, il reconnaît que ce n'est pas ultra-sexy. "On travaille quand les autres s'amusent. Mais voilà, moi, j'aime bien. Et puis, je n'ai pas de femme, pas d'enfants. On verra comment ça se passera à ce moment-là !" Il rit : "Pour mes parents, ça s'est quand même terminé par un divorce."

guillement

En 10 ou 15 minutes, les entreprises peuvent donner de la visibilité à leurs besoins, préciser les profils recherchés, obtenir aussi l'accompagnement par un conseiller

Aujourd'hui, l'entreprise de boulangerie a du mal à recruter non seulement des "Axel", en production, mais aussi des vendeurs, des chefs de production, des managers de magasin, des gestionnaires financiers, "ceux qui doivent un peu tout connaître et en faire la synthèse. Les hommes orchestre…" résume André Destiné, le big boss et le fondateur du Théâtre du Pain.

"On est content de voir qu'on s'intéresse un peu à nous". Parce que c'est galère, témoigne-t-il. "Déjà avoir des candidats, c'est difficile." Il évoque les contraintes du secteur, surtout les horaires, qui peuvent rebuter pas mal de jeunes. "Mais on a aussi eu des gens qui ont découvert le métier et qui se sont pris de passion pour lui."

À ses côtés, Pascale Votquenne écoute avec attention. L'analyste du marché de l'emploi au Forem lance une nouvelle enquête sur les besoins en main-d'œuvre (BMO) des 74 000 entreprises wallonnes qui emploient au moins un salarié.

Manque de candidats

En février 2026, les employeurs wallons "promettaient" d'embaucher 88 000 personnes. Il s'agissait de projections, établies sur base de la première édition de l'enquête BMO, bouclée en décembre 2025.

En réalité, les résultats affinés révèlent que, sur les 72 241 entreprises sondées lors de cette première enquête, c'est plutôt 90 795 projets de recrutement qui ont été identifiés. On en retiendra aussi que, si un tiers des employeurs wallons souhaitent embaucher, à peu près la moitié d'entre eux (47 403 projets d'embauche) rencontrent des difficultés pour conclure, quelle que soit la taille de la maison.

La raison principale évoquée, c'est le manque de candidatures (73 %). Ensuite, viennent les profils qui ne collent pas à la demande (53 %), les conditions de travail (30 %), l'image du métier (24 %) et les procédures (5 %).

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La deuxième édition de l'enquête BMO est en cours. Elle porte elle aussi sur les besoins en ressources humaines des entreprises pour 2027 et sera bouclée au plus tôt fin novembre.

"En 10 ou 15 minutes, les entreprises peuvent donner de la visibilité à leurs besoins, préciser les profils recherchés, obtenir aussi l'accompagnement par un conseiller", développe Pascale Votquenne.

Les mêmes questions seront posées cette fois à 74 000 entreprises wallonnes, y compris les écoles. Ce qui n'était pas le cas l'année dernière.

Autre particularité de cette nouvelle édition : une attention spécifique sera apportée aux places de stage. "Faire un stage en entreprise augmente de 8 % le taux d'insertion à l'emploi", selon le Forem. Des questions sont donc ajoutées à l'enquête pour mieux repérer les points de chute où un candidat peut se confronter à un métier, en conditions réelles.

Anticiper les besoins

Et que fait le Forem, avec tout ça ? Il tente d'organiser sa propre stratégie. "Il s'agit d'anticiper et de quantifier les besoins en main-d'œuvre par métier, par secteur, par taille et par bassin", développe l'analyste. Ensuite, grâce aux réponses issues de l'enquête, le Forem peut aussi mieux prendre conscience des réalités des employeurs et de leurs difficultés quand ils envisagent un recrutement.

Pour l'heure, la moitié des entreprises travaillent déjà avec le Forem. Ce qui veut dire que 50 % avancent seuls ou avec d'autres supports. L'intérim, les réseaux sociaux ou, comme dans cette boulangerie, la bonne vieille affichette collée sur le comptoir, quand on cherche un vendeur. C'est moins envisageable quand on est à la recherche d'un manager de magasin ou d'un gestionnaire financier.

PLus de 300 000 offres publiées en 9 mois

"L'ambition du Forem, c'est de se rapprocher de ses clients", affirme Thierry Ney. Comme promis depuis l'arrivée de la nouvelle administratrice générale Raymonde Yerna il y a presque 3 ans, l'organisme est allé chercher davantage d'entreprises (90 000, soit + 12 000 cette année) pour étoffer sa clientèle.

Jean-Marc, Atelier du pain, Sprimont Photo: Pascale Serret
Jean-Marc, un des anciens de l'Atelier du Pain de Sprimont. Il aligne plus de 40 ans de boulangerie. Photo: Pascale Serret ©EdA

"On a diffusé 316 996 offres auprès des entreprises, de janvier à septembre. C'est 5,2 % de plus par rapport à 2025", hors collaboration avec Actiris et le VDAB, les pendants bruxellois et flamand du Forem. "En Flandre, le VDAB affiche 14 % d'offres en moins." La Flandre où, au passage, 49 000 Wallons travaillaient en 2025 (45 000 en 2025).

Bref, plus de 300 000 offres ont été traitées et diffusées auprès des entreprises wallonnes par le Forem au cours des 9 premiers mois de 2026. Si on revient sur les besoins RH des entreprises, selon les résultats de la première enquête BMO, 90 000 intentions d'embauche sont donc identifiées. "Un chiffre qu'il convient de multiplier par quatre", précise Thierry Ney. "Les prévisions pour toute l'année 2026 en prévoyaient en effet quatre fois plus, soit plutôt 350 000 opportunités d'emploi."

Le modèle pour le Forem, c'est France Travail (ex-Pôle Emploi), qui pratique ce genre d'enquête depuis 25 ans. "Entre les besoins de base identifiés lors de l'enquête et les projections sur toute l'année, ils sont en effet passés de 2,4 millions de projets de recrutements à 9,6 millions."

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Tout le monde a intérêt à avoir un maximum de réponses. C'est du win-win

L'enquête BMO sera répétée chaque année, comme en France. Le taux de réponse de 14,2 % ne décourage pas Pascale Votquenne. "C'est beaucoup, déjà", sourit-elle. En 2002, quand leurs homologues français de Pôle Emploi ont commencé à interroger les entreprises de l'Hexagone, "le taux de réponse était de 1 % Aujourd'hui, ils en sont à 25 %."

"Mais tout le monde a intérêt à avoir un maximum de réponses. C'est du win-win", insiste néanmoins Thierry Ney. "Nous, ça nous permet de mieux répondre aux besoins des entreprises, en anticipant les recrutements wallons, en faisant le point sur les profils et sur les métiers les plus recherchés, là où il y a donc le plus de chance de se réinsérer sur le marché du travail."


Bonne nouvelle: les CDI augmentent

"C'est une grosse période pour nous, avec une forte pression sur les employés. Il faut dire que, en boulangerie, on pense déjà à la galette des rois", sourit André Destiné, le patron du Théâtre du Pain, qui "boulange" depuis 1974.

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On signe plus facilement un CDI. Et pour l'employé, c'est aussi plus rassurant

Il aura donc sans doute recours à de l'intérim pour ces mois spéciaux, au parfum de bûches et de crème de marron. Mais pas seulement. C'est du renfort, du ponctuel.

"L'intérim a diminué", explique Thierry Ney, porte-parole du Forem. "Et les CDI ont fortement augmenté (+11,8%). Aujourd'hui, selon l'enquête BMO de 2026, 76 % des intentions d'embauche évoquent le CDI, soit en direct (27 %), soit après quelques semaines d'intérim (49 %)".

Pourquoi ce regain d'intérêt des employeurs pour les contrats à durée indéterminée ? "Sans doute parce qu'on a maintenant 6 mois pour tester un employé", témoigne Maxime Leerschool, qui travaille dans l'équipe des ressources humaines, au Théâtre du Pain. Depuis cet été, il peut en effet être mis fin à un nouveau contrat après 6 mois, avec un préavis de seulement une semaine. "Alors, on signe plus facilement un CDI. Et pour l'employé, c'est aussi plus rassurant."

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