“Beaucoup de gens peuvent se le permettre”: voici pourquoi Rolex est la marque préférée des voleurs
De l’agression de l’attaquant de l’Union Saint-Gilloise Mohammed Fuseini à Bruxelles à la traque d’un festivalier de Tomorrowland entre Boom et Knokke-Heist: pourquoi les voleurs convoitent-ils à ce point les montres Rolex? Car même s’il faut débourser des sommes coquettes — une Rolex Datejust coûte entre 8.000 et 14.000 euros, et une Daytona en or rose plus de 39.000 euros —, il existe des marques horlogères bien plus onéreuses. Raymond Meeus, expert et maître horloger, nous éclaire.
Sofie Martin, Martin Ducrotois
29 juillet 2026, 13:27Dernière mise à jour: 13:54
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Dans la nuit du 19 au 20 juillet, un homme de 50 ans originaire de Grimbergen a été victime d’un vol avec violence à Knokke-Heist, au cours duquel sa Rolex lui a été arrachée du poignet. Les auteurs l’auraient repéré sur le site du festival Tomorrowland à Boom, avant de le prendre en chasse sur plus de cent kilomètres jusqu’à la côte. Après l’agression, les trois individus se sont enfuis à bord d’un véhicule immatriculé en France, mais la police est parvenue à les tracer jusqu’à Anvers. Le trio a été interpellé et placé en détention.
Quelques jours plus tard, ce sont les images impressionnantes de l’agression de Mohammed Fuseini à Bruxelles qui font la une de l’actualité. On y voit le joueur de l’Union extrait manu militari de sa voiture par plusieurs individus. Les agresseurs lui empoignent le bras et lui arrachent sa Rolex Datejust, dont la valeur est estimée entre 8.000 et 14.000 euros.
Un symbole de réussite sociale
Dans chaque cas, les malfaiteurs ciblaient spécifiquement la marque de luxe Rolex. Pourtant, il existe des montres bien plus onéreuses sur le marché. “Une Richard Mille est, pour ainsi dire, dix fois plus chère, mais on change complètement de catégorie”, explique Raymond Meeus. “Rolex est avant tout une marque extrêmement populaire et connue de tous.”
C’est précisément cette notoriété qui séduit les braqueurs. “Quand on vole une Rolex, c’est pour la revendre rapidement”, poursuit l’expert. Et la stratégie paie: ces montres sont très prisées et s’écoulent facilement. “Même si je le déplore profondément, il faut reconnaître qu’il existe un marché pour tout.”
La marque bénéficie en outre d’un marketing redoutable et s’impose comme un véritable symbole de réussite sociale. À l’instar d’autres maisons exclusives, elle entretient la rareté avec d’imposantes listes d’attente. “Il faut parfois attendre jusqu’à deux ans pour recevoir le modèle qu’on a commandé”, confirme Raymond Meeus.
Ce cocktail de désirabilité et de rareté attise les convoitises, ce qui explique la recrudescence des vols. Plusieurs affaires similaires ont d’ailleurs été jugées devant les tribunaux plus tôt cette année.
Une Rolex en or rose
Le 15 janvier dernier, deux jeunes âgés d’une vingtaine d’années ont été condamnés pour l’agression d’un homme de 49 ans à Knokke-Heist. Les auteurs en voulaient à sa Rolex Daytona en or rose, d’une valeur marchande supérieure à 39.000 euros. Le vol s’est déroulé sous les yeux de ses deux enfants de 9 et 11 ans.
Les voleurs, Salaheddine M., 23 ans, et Noureddine H., 22 ans, prévoyaient de refourguer la montre à Marseille. Ironie du sort: la revente a échoué car ils affirment s’être eux-mêmes fait escroquer sur place.
Cette Daytona en or rose reste malgré tout dans une gamme de prix bien inférieure à celle d’une Richard Mille. Et c’est précisément cela qui explique le ciblage systématique de Rolex par les réseaux criminels. “Tout le monde ne peut pas sortir 200.000 euros (NDLR: la gamme de prix d’une Richard Mille) pour une montre vendue sans papiers. En revanche, lorsqu’ils dérobent une Submariner, le modèle de plongée emblématique de Rolex , les voleurs la cèdent sur le marché noir entre 5.000 et 10.000 euros. Et à ce prix-là, le vivier d’acheteurs potentiels est nettement plus vaste.”
“Parfois, c’est le boîtier de la montre lui-même qui est fondu. Vu le prix élevé de l’or, les voleurs peuvent même parfois en tirer un profit plus important.”
Le fait que ce marché secondaire soit très étendu ne signifie pas pour autant que les voleurs empochent le pactole à tous les coups. Le gain réel dépend fortement de la présence des éléments d’origine. “Lors de la revente d’occasion, l’acheteur demandera systématiquement les papiers et l’écrin d’origine. Les documents d’enregistrement et la boîte représentent à eux seuls près de 30 % de la valeur”, précise Raymond Meeus. “Il y a donc une nette différence de prix entre une vente avec ou sans papiers, mais cela ne décourage pas les voleurs pour autant.”
Lorsque la revente en l’état s’avère compliquée, l’expert observe une tendance inquiétante. “On me rapporte fréquemment que les montres en or sont démontées”, révèle-t-il. “Le mouvement et les pièces détachées sont vendus séparément. Ces composants s’arrachent à prix d’or car ils sont introuvables en dehors du réseau des détaillants officiels. Quant au boîtier, il est tout simplement fondu. Avec le cours actuel de l’or, les voleurs en tirent parfois un bénéfice encore supérieur.”
Les criminels n’hésitent donc plus à tenter leur chance, comme lors de cette nuit de fête dans le Limbourg. Le tribunal de Hasselt a dû se pencher sur un vol de Rolex survenu sur le parking de la discothèque Versuz. À la suite d’une altercation, un boxeur a reçu de violents coups jusqu’à perdre connaissance. À son réveil, son portefeuille et sa Rolex avaient disparu et les agresseurs se sont évaporés dans la nature.
Le numéro de série comme empreinte génétique
Plus tôt dans l’année, en février, une dame de 80 ans originaire du Limbourg a elle aussi été la cible de voleurs de Rolex, à nouveau sur la digue de Knokke-Heist. “Des hommes m’ont abordée dans une langue étrangère et m’ont demandé de les prendre en photo avec leur téléphone. Cela semblait anodin”, témoignait la victime dans les colonnes du journal HLN.
Les malfaiteurs ont appliqué une technique bien rodée: ils lui ont agrippé fermement le poignet avant de lui arracher sa montre. Estimant que les suspects agissaient dans le cadre d’une association de malfaiteurs, le procureur a obtenu leur condamnation à des peines de prison fermes.
Après un tel traumatisme, une question hante souvent les victimes: une Rolex volée est-elle définitivement perdue, ou reste-t-il un espoir de la tracer? L’espoir est permis, rassure Raymond Meeus, car chaque pièce possède son propre “ADN”.
“Chaque Rolex porte un numéro de série et un numéro de modèle gravés au niveau de l’entrecorne. Il existe désormais des bases de données et des applications spécialisées dans lesquelles les montres volées sont répertoriées grâce à ce numéro. Nous pouvons ainsi consulter ces registres pour vérifier si une montre y est signalée comme volée”, conclut l’expert.