Avec 250 patients chaque jour aux urgences de l’hôpital de Perpignan et une hausse de 15 % de l’activité estivale médicale : l’impressionnant impact de la canicule sur la santé de la population des Pyrénées-Orientales
L’été 2026 touche à sa fin et avec lui sa canicule qui a largement impacté la population. Fatigue, malaise, consultations et prises en charge en hausse, la vague de chaleur a touché tout le monde, et surtout les plus fragiles. Un médecin des Pyrénées-Orientales fait le point.
Tel un moteur qui aurait été en surchauffe constante, le corps a subi de plein fouet la vague de chaleur qui a touché les Pyrénées-Orientales ces derniers mois. Un été difficile sur le plan physique à cause de ce phénomène long et inhabituel de températures élevées jour et nuit. L’organisme a ainsi manqué de temps pour récupérer. Face à cela, les pathologies se sont multipliées, les motifs de consultations aussi, ainsi que les passages aux urgences. Et ce malgré un renforcement conséquent des effectifs dans les différentes structures de santé pour affronter la situation.
250 passages en moyenne par jour aux urgences de l’hôpital
Maxime Foulquier, médecin, président de l’association SOS Médecin 66 et responsable de gardes, urgences et permanences des soins au conseil de l’ordre des médecins des Pyrénées-Orientales, dresse le constat : "Les gens étaient préparés mais, pour autant, il y a eu une augmentation de 15 % de l’activité estivale médicale et de régulation par rapport à l’année dernière, que ce soit pour les passages aux urgences ou les consultations. Avec un pic aux mois de juillet et août". Il évoque même du "jamais vu" au centre hospitalier de Perpignan avec 250 passages en moyenne par jour aux urgences contre 161 en temps normal, et 80 passages par jour aux urgences pédiatriques contre 60 en dehors de cette période soit "une demande de soins inédite".
Selon les chiffres de Santé publique France, le taux de mortalité lié aux fortes chaleurs s’élevait à 6 % en 2025 dans les Pyrénées-Orientales, et jusqu’à 15 % en pleine canicule. "Même si nous n’avons pas encore les données de 2026, cela m’étonnerait que les chiffres soient inférieurs", confie le médecin. "On se rend compte quand on va chez les gens que l’environnement y joue beaucoup. Certains vivent dans des conditions compliquées, où il faisait plus de 40 °C à l’intérieur. D’autres étaient totalement isolés", dresse comme réalité du terrain le président de l’association SOS Médecin 66.
Un état de fatigue lié à l’effet prolongé de la canicule
"L’état de fatigue des personnes est directement lié à l’effet prolongé de la canicule qui a démarré au début du mois de juin. C’était inédit et très long. Les températures ont été en moyenne plus élevées de + 3 à 4 °C cette année et couplées à des nuits tropicales qui n’ont pas permis aux organismes de récupérer", explique Maxime Foulquier. De nombreuses pathologies, provoquées par la chaleur, ont ainsi mené la population vers les services de soins : malaise, perte d’appétit liée à un syndrome de déshydratation, chutes, confusion, perte d’autonomie, effets secondaires de médicaments…
Des profils, plus sensibles, ont nécessité davantage de prises en charge : personnes âgées, en situation de comorbidité, travailleurs en extérieurs, habitants de logement non climatisés et nourrissons. Une autre conséquence apparaît aussi : "Plus de personnes ont mal au dos. Cela est lié au manque d’activités pratiquées ces derniers mois. Donc la canicule a eu une conséquence directe, mais aussi indirecte". Enfin, le taux d’humidité élevé dans l’air, notamment au mois d’août, a également compliqué la régulation de la température corporelle, rendant la récupération plus difficile.
Des effectifs renforcés, des horaires élargis et une nouvelle maison médicale
Pour faire face à cette vague de chaleur importante, les nombreux dispositifs médicaux du département s’étaient pourtant adaptés. "Les effectifs ont été renforcés à SOS Médecin, la maison médicale du centre hospitalier de Perpignan a élargi ses horaires avec un accueil dès 14 h contre 19 h, et une maison médicale a ouvert à Saint-André. Les urgences ont aussi adapté leurs équipes, la régulation médicale des urgences tournait avec quasiment 3 médecins en permanence", explique Maxime Foulquier.
Une augmentation des appels de régulation du Samu a été constatée en juillet et "encore plus en août". "Mais malgré tous ces dispositifs, nous nous sommes retrouvés surmenés", ajoute-t-il. À cette situation inédite est venue s’ajouter l’apparition de deux pathologies supplémentaires depuis quelques semaines : la grippe A, normalement hivernale, et le Covid, ainsi que d’autres virus. "Même si cela est lié aux mouvements de population estivaux et la proximité avec l’Espagne. Mais surtout, on remarque qu’il n’y a plus trop de saisonnalité pour les pathologies", confie le médecin.
Et après la canicule ?
Si certains se demandent par quel moyen récupérer de son état de fatigue après la canicule, le médecin Maxime Foulquier se veut clair : "L’effet cumulatif de cette vague de chaleur n’est pas si facilement réversible avec la baisse des températures. La barre est plus compliquée à redresser que l’inverse. Il va falloir plusieurs semaines, surtout aux plus fragiles, pour se remettre de ses symptômes liés à la canicule". Même si la tendance est plutôt à penser que "ça commence à se calmer", aussi expliquée par "le départ des touristes, le retour à la normale de la population et des températures plus de saison", il faudra encore un peu de temps aux professionnels de santé pour l’assurer. Mais, une chose est sûre, la thermorégulation du corps sera plus efficace dans ces conditions météorologiques. En revanche, si le phénomène se reproduit la saison prochaine, Maxime Foulquier prévient : "Il ne faut pas attendre avant d’aller consulter, cela peut retarder la prise en charge et avoir des conséquences plus importantes. Et cet été, on a constaté des délais d’accès aux soins beaucoup plus longs".