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"Avant, j'étais le fils de. Maintenant, on me présente comme le mari de…" : Axel Merckx à cœur ouvert sur ses années canadiennes et Lotte Kopecky

Les paupières un rien alourdies par les effets d'un jetlag de six heures qu'il n'a plus l'habitude de digérer, Axel Merckx commande un soda au bar de l'hôtel Mortagne de Boucherville où il vient de poser ses valises. "Un peu de caféine et de sucre, cela va me faire le plus grand bien", rigole le médaillé olympique d'Athènes.

Débarqué dans la grande banlieue de Montréal en milieu de semaine dernière, celui qui est aussi notre chroniqueur a retrouvé un pays où il a vécu durant près de quinze ans en compagnie de son ex-épouse, la Canadienne Jodi Cross. "Je m'y suis installé de 2007, juste après ma carrière, à 2022. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il s'agit de ma deuxième patrie mais je possède un passeport canadien et j'y ai vécu une belle partie de mon histoire personnelle."

Une période et un lien familial qui unit le nom Merckx au deuxième plus grand pays du monde sur lesquels le Bruxellois a accepté de revenir pour nous.

Axel, à quand remonte votre dernier voyage au Canada avant ces championnats du monde ?

Cela doit faire un peu plus de trois ans si je compte bien. Ma fille aînée Axana (25 ans) vit désormais en Arizona, où elle est installée avec son mari et travaille dans le secteur pétrolier. Athina, la cadette (21 ans), étudie toujours les sciences politiques à l'université de Victoria, au Canada, mais c'est un vrai pigeon voyageur. Elle adore bouger, découvrir. Actuellement, elle effectue un programme du type Erasmus au Chili où elle a posé ses valises pour six mois.

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Kelowna, où je vivais, c'est à 4 000 kilomètres de Montréal!

Veniez-vous souvent à Montréal lors de vos années canadiennes ?

Non, pas du tout. Je pense ne m'y être vraiment arrêté qu'une seule fois, il y a déjà très longtemps. Pour le reste, cette ville se résumait pour moi à une escale lors de mes allers et retours vers l'Europe. Quand je revenais de Belgique et que l'avion se posait au Québec, je me disais souvent que j'avais encore cinq heures de vol à enchaîner pour rejoindre Kelowna où j'étais alors installé (rire)… La Colombie-Britannique, c'est à plus de 4 000 kilomètres de Montréal. Quand on est né dans un pays qui fait 300 bornes de long, on n'a pas tout de suite le même rapport aux distances et aux déplacements que les Canadiens (rire)

Axel Merckx et sa fille aînée Axana.
Axel Merckx et sa fille aînée Axana. ©Axel Merckx

À quoi ressemblait la vie là-bas ? C'est peut-être un cliché mais était-elle très tournée vers la nature ?

Oui, la région est plus sauvage que le Québec et la mentalité différente puisqu'anglophone. La qualité de vie que nous avions était assez fantastique avec d'excellentes écoles pour l'éducation des filles et un environnement exceptionnel. Nous vivions au bord d'un lac dont nous profitions surtout l'été, lorsque la température pouvait monter à près de 35 degrés pendant plusieurs semaines. L'hiver, en revanche, le thermomètre pouvait flirter avec les -20 °C, mais jamais très longtemps. Nous mettions alors souvent le cap sur la montagne pour aller skier à une heure de la maison.

Comment qualifieriez-vous votre relation avec le Canada ?

Comme un pays qui fera toujours partie de mon histoire et où j'ai vécu de belles années. J'ai acquis la double nationalité au bout de cinq ans de vie là-bas. Il fallait en fait y avoir passé trois années effectives, mais avec mes multiples déplacements à l'étranger, cela a un peu retardé le processus. J'ai dû passer un examen sur l'histoire du pays lors duquel une cote d'au moins 80 % était nécessaire, chanter l'hymne national Ô Canada et même jurer fidélité, à l'époque, à la reine d'Angleterre (sourire)… Comme moi, mes filles ont la double nationalité et j'ai gardé de vrais amis canadiens que je vois toujours et qui sont venus à mon mariage avec Lotte (Kopecky) début juin.

Ne vous a-t-on jamais proposé de travailler pour la fédération de cyclisme canadienne ?

Non. J'ai déjà été en contact par le passé avec Belgian Cycling mais jamais avec les structures canadiennes. Lorsque je vivais à Kelowna, j'avais créé une petite fondation qui portait mon nom et dont le but était d'encourager la pratique du vélo chez les jeunes. Nous organisions des stages, on avait une école de cyclisme et tout cela rencontrait un joli succès à l'échelle locale. Cela avait même débouché sur un club que nous avions baptisé les Red Devils, en référence évidemment à nos Diables rouges.

Le nom Merckx reste très lié à la ville de Montréal puisque votre papa s'y était imposé lors du précédent championnat du monde disputé au Québec, en 1974. Vous n'aviez alors que deux ans mais avez déjà confié que cette victoire vous avait marqué. Pourquoi ?

Je pense avoir revu au moins cinquante fois les images de cette course. Gamin, j'avais récupéré une cassette de ce Mondial et c'est celle que je me repassais le plus souvent. Je ne saurais pas vous expliquer pourquoi. Peut-être parce que les images étaient en couleur. Il y avait aussi cette voiture suiveuse sans carrosserie avec un cameraman installé à son bord qui me captivait. J'ai encore des instantanés figés dans la rétine. Quand papa en parle, il met toujours en avant le côté extrêmement difficile du circuit. Ses équipiers avaient vraiment dû se faire mal pour aller rechercher Thévenet avant qu'il ne parte avec Poulidor qu'il a réglé assez facilement au sprint. J'ai aussi entendu de nombreuses anecdotes d'autres témoins. Julien De Vriese, le mécanicien de papa, m'a par exemple expliqué que la délégation belge était à l'origine logée dans une école. Comme cela ne plaisait pas à mon père, la fédération avait proposé de le loger ailleurs dans un hôtel, ce à quoi il avait répondu : soit tout le monde change de logement, soit personne. Je crois que c'est Robert Lelangue qui avait su trouver une solution au problème (rire)

Axel Merckx soutient très souvent son épouse Lotte Kopecky en l'accompagnant sur ses courses.
Axel Merckx soutient très souvent son épouse Lotte Kopecky en l'accompagnant sur ses courses. ©Belgaimage

Votre papa a-t-il glissé certains conseils à l'oreille de votre épouse Lotte Kopecky pour un Mondial disputé sur un parcours qu'il connaît forcément bien ?

Non, il lui a d'abord et avant tout souhaité bonne chance, comme un beau-père bienveillant. De toute façon, papa est plus préoccupé par les courses de ce week-end que par ressasser le récit de son titre, il y a plus de cinquante ans. Autrefois, on me présentait souvent comme le fils de. Désormais, à écouter certains, je suis plutôt devenu le mari de (rire)… On en oublierait presque que j'ai eu ma propre carrière de coureur et que j'ai toujours mon boulot de directeur de mon équipe de développement (NdlR : Hagens Berman Jayco qui collaborera à partir de 2027 avec la structure Soudal Safety Jogger).

Vous êtes très régulièrement présent sur les courses pour y soutenir Lotte. Est-ce aussi la motivation de votre venue sur ce Mondial ?

Oui, mais ce n'est pas l'unique raison. J'ai des coureurs engagés sur les épreuves espoirs et il est toujours important, quand on travaille avec des jeunes, d'être présent sur les grands rendez-vous. Cela facilite les contacts. Pour en revenir à mon soutien à Lotte, je sais quelle est ma place. Nous logeons dans le même hôtel mais jamais je ne vais jamais chercher à interférer avec le fonctionnement de la fédération belge et sa préparation. Nous ne mangeons pas ensemble et partageons juste un café si elle a un petit moment de détente dans son agenda. Je suis là comme un partenaire, un mari qui manifeste son soutien et certainement pas comme l'ancien coureur qui veut la coacher ou lui donner des conseils sur ses entraînements où je ne sais quoi. Je sais faire la part des choses.

Vous semblez très attaché à la distinction entre la sphère privée et la sphère professionnelle dans votre relation…

Oui, c'est important de tracer une ligne entre les deux univers à mes yeux. Je sais que nous sommes deux personnalités publiques, mais nous n'avons pas envie de nous épancher sur des choses qui nous appartiennent. Quand on referme la porte de la maison, près de Bruges, c'est pour que ce que nous y vivons y reste. C'est comme cela que j'ai été élevé et c'est une philosophie sur laquelle me rejoint tout à fait Lotte. Je sais que notre différence d'âge (NdlR : il a 54 ans, elle bientôt 31) fait parfois parler sur les réseaux sociaux, mais je ne prête aucune attention à ce genre de commentaire. Nous sommes heureux, c'est tout ce qui compte, et pour tout vous dire, nous rigolons parfois entre nous de ces 23 années qui nous séparent.

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Qui peut se vanter d'avoir remporté au moins un monument sur cinq saisons consécutives ?

Quel regard jetez-vous sur la saison de Lotte jusqu'ici ?

Ce n'est probablement pas sa meilleure année, mais quel coureur ou coureuse peut se vanter d'avoir remporté au moins un monument durant cinq saisons consécutives ? Elle a été très présente sur le printemps en remportant Milan-Sanremo puis en enchaînant des 4es places sur le Tour des Flandres, où Vollering était la plus forte, et sur Paris-Roubaix, où elle a commis une petite erreur. Sur le Tour de France, elle est ensuite passée tout près d'une victoire d'étape.

Comment jugez-vous ses chances de décrocher un troisième titre de championne du monde samedi sur le circuit du Mont Royal ?

Ce qui constituera un énorme atout, c'est qu'elle ne doit justement pas gagner à tout prix puisqu'elle compte déjà deux titres à son palmarès. Ce n'est pas le cas de tout le monde. Demi Vollering, qui incarne à mes yeux la favorite, n'a toujours pas endossé le maillot arc-en-ciel dans sa carrière et évoluera donc dans un autre contexte, avec plus de pression. Je trouve Lotte très détendue dans l'approche de ce grand rendez-vous et je la sais parfaitement préparée. Si elle réussissait à lever les bras dimanche, ce serait incroyable !

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