Reportage international - Aux États-Unis, de plus en plus de jeunes électeurs noirs se déclarent indépendants
L’un des enjeux pour les démocrates pour les prochaines élections de mi-mandat, c'est de mobiliser les électeurs perdus à la dernière présidentielle, comme les jeunes hommes afro-américains. Donald Trump avait doublé sa part d’électeurs d’hommes afro-américains en 2024, mais de plus en plus de jeunes hommes noirs se déclarent indépendants. Un défi pour les démocrates, qui dans les années 1960 étaient devenus le parti du mouvement des droits civiques.
De notre correspondant à Atlanta,
Elvis Casely a voté pour Joe Biden en 2020, mais petit à petit, il a remis en question certaines positions du Parti démocrate. Puis, en 2024, il acte sa bascule en votant pour Donald Trump. À 31 ans, il se présente aujourd’hui à une élection locale comme candidat républicain. La grande majorité des électeurs afro-américains est pourtant démocrate. « La première chose que me disent la plupart des démocrates quand je leur dis que je suis républicain, c’est : “Mais tu es noir !”, relate Elvis Casely. Et moi, je me dis : “Mais quel est le rapport avec mes opinions politiques ?” »
À ses yeux, les gains de Donald Trump chez les hommes noirs s’expliquent par de plus en plus d’indépendance d’esprit. « Ceux qui changent de camp sont surtout des gens qui réfléchissent par eux-mêmes, qui font leurs propres recherches et qui se disent : “Vous savez quoi ? Peu importe ce que dit ma communauté, je dois faire preuve de bon sens. Je dois regarder les chiffres, examiner les faits et voter selon mes convictions” », poursuit le candidat.
Samuel Dubois Cook, la cinquantaine, reçoit chez lui. Ses parents étaient des amis de figures du mouvement des droits civiques comme Martin Luther King. Cette augmentation d’électeurs indépendants ou républicains s’explique, selon le conseiller démocrate, par les difficultés économiques mais aussi par une absence de transmission de l’histoire. « C’est à nous d’éduquer nos enfants, insiste-t-il. C’est ce que j’essaie de faire avec les miens : je leur parle constamment de notre histoire, de la manière dont on en est arrivés là. Je pense aussi qu’à une époque, peut-être dans les années 1980 et 1990, certains parents noirs se disaient : “Je ne veux pas trop parler de l’histoire raciale à mes enfants, parce que c’est douloureux.” Et je peux le comprendre. Mais il faut quand même leur transmettre cette histoire pour les préparer. »
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« Aujourd’hui, les gens veulent avoir le sentiment d’avoir le choix »
Mais le véritable enjeu pour les démocrates n’est pas tant de récupérer ces électeurs républicains, mais de mobiliser les indépendants et surtout les abstentionnistes.
Sur le campus de l’université Morehouse, les étudiants encouragent leur équipe de football américain ce weekend. La prestigieuse institution est destinée aux hommes noirs. Houston Brookshire, 21 ans, est un indépendant et il n’a pas voté à la dernière présidentielle. « Je pense qu’aujourd’hui, les gens veulent surtout penser par eux-mêmes et avoir le sentiment d’avoir le choix, analyse-t-il. Beaucoup de gens de mon âge n’aiment pas avoir l’impression de devoir choisir entre seulement deux options. Ils veulent avoir davantage de possibilités. »
Seulement 25 % des hommes noirs de 29 ans et moins ont voté en 2024, contre 31 % quatre ans plus tôt, selon une estimation du centre de recherche Circle.
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