Automobile. Les Indonésiens voulaient des Porsche 911, ils ont construit les Marvia 911…
Nous sommes au début des années 90 en Indonésie. L’économie du pays est en plein essor, ce qui en ferait un marché de choix pour tout constructeur de voitures de sport si la politique protectionniste n’y faisait pas obstacle.
En effet, les droits de douane à l’importation de voitures sont très élevés, empêchant la vente de voitures de luxe étrangères dans le pays. La combine consiste donc à assembler ces véhicules sur place, par une entreprise locale.
Indomobil, constructeur local
C’était alors le cas d’Indomobil, qui dispose alors d’ateliers d’assemblage en Indonésie et d’un réseau de distribution pour la vente et l’entretien des véhicules.
En 1993, le gouvernement indonésien abaisse les droits de douane sur les composants automobiles importés. Le moment idéal pour se lancer dans l’assemblage local de voitures étrangères. C’est ainsi qu’Indomobil assemble des Mazda MR90.
Des Porsche en Indonésie
Au même moment, Indomobil se dit qu’assurer la commercialisation des Porsche en Indonésie représenterait une sacré opportunité. Porsche et Indomobil entament alors des négociations.
L’idée est toujours la même : assembler des Porsche en Indonésie pour contourner les droits de douane. Après quelques négociations, Porsche aurait envoyé deux 911 à Indomobil pour étudier leur assemblage et préparer un éventuel programme local.
Une réplique de 911
Là où l’histoire devient croustillante c’est quand on apprend que Marvy Apandi, alors dirigeant d’Indomobil, possédait également Marvia Graha Motor, spécialisée dans les répliques en fibre de verre.
La légende affirme que le cadre d’Indomobil, qui négociait chaque jour avec Porsche, aurait profité de cette position pour réaliser des moules à partir d’une 911 envoyée par Porsche. Moule qui aurait servi à fabriquer des carrosseries en fibre de verre, pour fabriquer des “fausses 911” pour le compte de son autre société, Marvia Graha Motor.
Une base de Mazda
Pour la partie mécanique, on ne s’embarasse pas. L’entreprise Indonésienne va reprendre la base de la Mazda MR90 produite chez Indomobil, évidemment. Un moteur avant Mazda quatre cylindres de 1,4 litres développant environ 70 ch vient remplacer la Flat6 Porsche de 360 ch. A l’intérieur, on reprenait également le tableau de bord des Mazda MR90, version indonésienne de la Mazda 323/Familia.
Plus tard, les Marvia 911 ont reçu un tableau de bord imitant celui de la Porsche. Les sièges étaient comparables à ceux d'une 911, avec notamment les sièges baquets arrière en partie moquette, en partie cuir. Le châssis spécifique était fabriqué en profilés d’acier, tandis que les suspensions, la transmission et une grande partie des composants mécaniques proviennent de la Mazda.
Surprise, le moteur est sous le capot avant. Photo Porsche Club of America
Un prix imbattable ?
La Marvia 911 coûtait 35 millions de roupies à son lancement en 1992. Une Mazda MR90 classique, dont elle dérivait, coûtait 27 millions de roupies. Un tarif pouvant séduire certains acheteurs soucieux d’utiliser le numéro VIN de la Marvia pour dissimuler une véritable 911 importée illégalement !
Pour un supplément presque raisonnable, le propriétaire d’une Mazda pouvait aussi frimer en ville avec une presque 911. Malgré cela, on parle d’une production totale autour de 50 exemplaires seulement. Pourtant la Marvia 911 est définitivement entrée dans l’histoire pour une autre raison.
Porsche à deux doigts de signer
Au même moment, rappelons que le dirigeant de Marvia négocie toujours avec Porsche pour le compte Indomobil. Et les pourparlers avancent bien. Fin 1996, l’accord est en cours de finalisation. Indomobil devait produire entre 50 et 200 Porsche par an, selon un article du Financial Times.
Porsche s'engageait à envoyer des kits CKD (Completely Knocked Down) à Indomobil pour qu’il les assemble et les vende en Indonésie. En décembre 1996, les dirigeants de Porsche se rendent sur place pour signer le contrat. Mais
La découverte de la réplique par un des cadres de Porsche va mettre le feu aux poudres. Non seulement les dirigeants de Porsche découvrent l'existence locale d’une réplique de 911 avec un moteur de Mazda. Mais en plus, ils ne tardent pas à apprendre que c’est le patron d’Indomobil, son propre partenaire, qui fabrique ces répliques dans son dos !
Porsche annule la signature de l’accord au dernier moment et engage des démarches contre Marvia et Indomobile pour contrefaçon. Mazda, aurait également entamé des poursuites, affirmant ignorer que sa MR90 servait de base à cette réplique. Indomobil sera contraint de retirer les panneaux Porsche de des concessions, qui avaient déjà été installés. La filiale d'Indomobil chargée de la fabrication des Mazda fermera ses portes en 1997. Indomobil sera finalement condamnée à payer une amende pour la Marvia 911.
La fin de Marvia
Ce n’est pourtant pas ces déboires judiciaires qui auront la peau de Marvia. La société va disparaître en pleine crise financière asiatique de 1997-1998.
En mai 1998, des émeutes explosent à Jarkarta, l’usine est incendiée par des émeutiers réclamant la démission du président Suharto, dictateur militaire indonésien de longue date. La production ne reprendra jamais.