Au revoir là-haut : critique bouleversifiée
Par Simon Riaux
1 octobre 2026
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Toujours plus imprévisible et audacieux, Albert Dupontel nous revient avec Au revoir là-haut, adaptation du roman gagnant du prix Goncourt de 2013, écrit par Pierre Lemaître. Alors que le réalisateur se frotte ici pour la première fois au difficile exercice de la reconstitution historique, a-t-il trouvé un terrain de jeu à la hauteur de sa foisonnante créativité ?
La critique de Au revoir là-haut a été remise en avant pour sa diffusion sur T18 ce 1er octobre 2026.
© Gaumont Distribution
LA NUIT DES MASQUES
À bien y regarder, le cinéma d’Albert Dupontel n’aura jamais été qu’une question de métamorphoses, qu’une suite en apparence chaotique de récits dont les héros, de gré ou de force, par volonté, amour, nécessité, revêtent les oripeaux d’un autre, qui les révèlent. Au-revoir là-haut n’y fait pas exception et donne même à son réalisateur l’occasion, dans ses meilleurs moments, de pousser cette thématique plus loin que d’ordinaire.
Il est ici question de Maillard et Péricourt, deux vétérans de la Grande Guerre, qui découvrent après l’armistice, la misère et le chômage pour l’un, le trauma et la douleur des gueules cassées pour l’autre. Afin de survivre, tous deux vont devoir se réinventer. Aussi bien moralement (en arnaquant les tenants d’un patriotisme de pacotille) que physiquement (Péricourt se sublimera via des prothèses de sa fabrication), au gré d’une intrigue qui fournit un terrain de jeu idéal pour le cinéaste Dupontel.

De mouvements de caméra d’une complexité affolante en cadres sur-découpés, toujours composés avec un soin maniaque, le metteur en scène s’en donne à cœur joie, avec une euphorisante énergie. Capable d’orchestrer un gag à base de croix renversé avec la même minutie qu’il aboutit à un feu d’artifice émotionnel, l’artiste confirme qu’il est probablement le cinéaste français le plus ambitieux visuellement, capable de convoquer aussi bien le cartoon (transformant ainsi l’impeccable Laurent Lafitte en loup sorti de Tex Avery), que Buster Keaton, ou des explosions de couleurs Lynchéennes.

LA CHARGE DUPONTEL
Plutôt que de s’inscrire dans la funeste tradition de la reconstitution choucroute-roteux-Première-Guerre-Mondiale-sépia, qui nous vaut chaque décennie un cataclysme fastidieux au box-office, Albert Dupontel s’échine ici à dépeindre un univers éminemment personnel et composite. Une richesse qui ne s’arrête pas à sa stricte – et virtuose – mise en scène, mais que l’on retrouve jusque dans ses textes, qui papillonnent d’une langue toute de raideur et de maintien, qui sait retenir le meilleur du texte de Pierre Lemaître, à un ton hâbleur issu du théâtre de boulevard.
Cette multiplicité des tons se retrouve jusque dans l’interprétation ou, signe de la maîtrise et de la malice de son chef d’orchestre, le film parvient à faire cohabiter des comédiens au jeu foncièrement différent, voire contradictoire. Et par miracle, la veulerie chaloupée de Lafitte, la bonhommie contrariée de Dupontel, la tension hallucinée de l’impressionnant Nahuel Pérez Biscayart, et la rouerie dominatrice d’Arestrup forment un orchestre de la dissonance absolument fascinant, parfaitement soutenu par la musique protéiforme de Christophe Julien.

Dr. ALBERT ET Mr. DUPONTEL
Pour sidérante que soit la proposition plastique et poétique d’Albert Dupontel, on regrettera par endroit que le créateur ne jouisse pas de la même maestria en matière de construction narrative. Ainsi, le choix d’un récit fait de flash-backs enchâssés apparaît contre-productif, cette structure très mécanique étouffant par endroits un récit qui abat approximativement deux idées géniales à la seconde.

De même, si Dupontel livre une nouvelle fois une partition truculente, cette dernière frustre, en cela qu’elle constitue un lessivage du personnage original (dont la paranoïa était bien plus prononcée dans le roman), dont la romance n’est qu’une perte de temps, qui encombre inutilement la narration.
À dire vrai, le narrateur joué par le metteur en scène semble la plupart du temps dispensable, tant il mériterait un rôle d’arrière-plan, d’outil autorisant le dément Péricourt à achever son incroyable chrysalide. Ce que nous révèle cette faiblesse d’Au revoir là-haut, et c’est plutôt une bonne nouvelle, c’est que le réalisateur Dupontel est désormais assez époustouflant pour se passer d’Albert, son double picaresque.

Rédacteurs :
En dépit de quelques échardes structurelles et narratives, Albert Dupontel livre ici son film le plus poétique et abouti visuellement.
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