Au Japon, les grandes villes en compétition pour devenir « capitale de secours »
Face au risque de catastrophes naturelles, les autorités vont désigner une « capitale secondaire » capable d’accueillir une partie des fonctions de l’État en cas de crise.
Et si une catastrophe majeure empêchait un jour le gouvernement japonais de fonctionner depuis Tokyo ? Pour prévenir cette éventualité, le Japon prépare la création d’une ou plusieurs « capitales secondaires » ou « capitales de secours » capables d’accueillir une partie des fonctions de l’État en cas de catastrophe naturelle ou d’autre situation d’urgence.
Car actuellement, Tokyo concentre trop de pouvoirs, alors même que le pays se trouve sur la « ceinture de feu » du Pacifique, une zone de forte activité sismique. Le risque est particulièrement pris au sérieux dans un pays régulièrement confronté aux séismes, aux typhons et aux inondations. Des experts ont notamment alerté sur la possibilité de séismes de très grande ampleur susceptibles de toucher la capitale et d’autres grandes villes.
Le Parlement a donc récemment adopté une loi prévoyant la mise en place de cette seconde ville capable d’accueillir les principales fonctions du pays en cas d’urgence. Reste désormais à déterminer celle qui pourrait devenir ce lieu de repli. Treize collectivités locales ont déjà fait savoir qu’elles étaient candidates, raconte le New York Times ce samedi 22 août.
Osaka, Nagoya, Hokkaido…
La compétition est suffisamment sérieuse pour que les collectivités organisent une véritable campagne, et avancent leurs atouts. Osaka, deuxième métropole du pays, semble avoir une longueur d’avance. La ville s’est notamment dotée d’une mascotte pour porter sa candidature. Reste que certains s’opposent à ce choix, en raison de la vulnérabilité de la ville aux séismes.
Nagoya met, de son côté, en avant son poids industriel. Son maire, Ichiro Hirosawa, qui a déjà organisé une conférence de presse, a expliqué que la ville souhaitait s’appuyer sur son savoir-faire dans ce domaine pour convaincre les autorités nationales.
Plus au nord, les autorités de la préfecture d’Hokkaido, au nord du Japon, et de sa capitale, Sapporo, ont mis en place des équipes chargées d’obtenir le statut de deuxième capitale. Ils ont un argument non négligeable : l’éloignement de la fosse de Nankai, une zone sismique active située au large du sud du Japon. Cet argument doit permettre à la région de se distinguer des candidates situées davantage dans le centre et le sud de l’archipel.
Fukuoka figure également parmi les territoires intéressés. Et la compétition ne se limite pas aux plus grandes métropoles : la préfecture montagneuse de Gunma, qui compte environ 1,9 million d’habitants, et aucune ville de plus de 380 000 habitants (ce qui est relativement rare à l’échelle du pays) s’est elle aussi positionnée.
Allègements fiscaux, tourisme… Des perspectives alléchantes pour cette « capitale secondaire »
Il faut dire que l’intérêt pour ses villes ne se limite pas à un statut honorifique. Le projet pourrait entraîner des investissements importants dans les infrastructures nécessaires à l’accueil des services gouvernementaux. Le New York Times évoque également des retombées potentielles de plusieurs centaines de millions de dollars et la perspective d’allégements fiscaux, d’un développement du tourisme et d’une revitalisation urbaine.
Dans les colonnes du journal américain, Masashi Kawai, responsable des politiques à la Fondation de Tokyo, décrit ainsi une compétition marquée par une forme de « ruée vers l’or à ne pas manquer ».
Pour autant, la création d’une capitale secondaire ne fait pas l’unanimité. Certains Japonais considèrent qu’il faut avant tout renforcer la capacité de Tokyo à résister aux séismes et aux autres catastrophes. D’autres redoutent que le choix d’une nouvelle métropole n’accentue encore la concentration de la population dans les grandes villes et ne favorise leur économie, au détriment des zones rurales, comme le souligne la RTBF. La question du coût constitue également un point de friction puisque des bâtiments et des installations capables d’accueillir les services de l’État en cas d’urgence devraient être prévus.