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Arrachage des vignes : surfaces concernées, impact économique, l’avenir des friches… L’Occitanie, région la plus touchée

Solution à la surproduction et à la hausse des coûts, l’arrachage des parcelles de vignes les moins productives s’intensifie d’année en année pour donner un peu d’air aux vignerons asphyxiés. Une solution sociale qui pose aussi le problème des friches et de leur entretien.

Des taches brunes qui gagnent du terrain, inexorablement, au milieu des milliers d’hectares d’étendues vertes de vignobles. À la manière de pompiers brûlant des pans entiers de végétations pour stopper la propagation d’un incendie, les viticulteurs d’Occitanie sont de plus en plus nombreux à arracher certaines de leurs parcelles pour créer une espèce de coupe-feu économique et tenter de pérenniser l’avenir de leurs exploitations en réduisant la voilure. Un crève-cœur…

Surface de vignes divisée par trois en France en 120 ans

Car la consommation baisse et les prix de vente ne flambent pas. On le sait, le vin se boit et se vend de moins en moins, en particulier le rouge. Dans un contexte de surproduction – certes atténué ces trois dernières années par les effets de la sécheresse – c’est tout le vignoble français qui réduit la voilure. Une réalité qui ne date pas d’hier : on cultivait 2,6 millions d’hectares à la fin du XIXe siècle, 1,5 million en 1950 et moins de 800 000 hectares aujourd’hui.

L’Aude et le Gard très impactés

Tout un monde qui se rétracte, pressé par les effets du temps qui passe et du changement climatique. Au niveau national, ce sont encore 4 % du vignoble qui ont été ou seront arrachés en 2026. 28 000 hectares au total dont 28 % en Gironde (département le plus touché), 16 % dans l’Aude, 12 % dans le Gard, 10 % dans l’Hérault et 7 % dans les PO, 65 % de surfaces en AOP. Plus de la moitié des surfaces concernées sont concentrées en Occitanie, où 67 000 hectares ont été arrachés depuis 4 ans dans la partie Languedoc-Roussillon.

<p>Répartition des surfaces arrachées en région.</p>

Doté de 130 millions d’euros et financé par le ministère de l’Agriculture, ce plan avait toutefois été calibré pour arracher un peu plus (32 500 hectares). Les candidats toucheront 4 000 € par hectare supprimé et s’engagent à ne pas replanter de vignes pendant au moins six ans. Une prime jugée insuffisante au regard du prix du foncier à l’hectare, qui avoisinait les 10 000 euros… avant la crise.

Des parcelles non irriguées qui deviennent non rentables

L’Aude est le département le plus touché en surface arrachée, car le plus impacté avec les PO par les sécheresses successives. "Sur les deux dernières campagnes, on a arraché près de 10 000 hectares, plus de 15 % du vignoble, soupire Damien Onorré, président du syndicat des vignerons audois. On paye le prix de l’inaction de nos politiques à tous les échelons sur des points cruciaux."

Comme la mise à disposition, pour une majorité de viticulteurs de cette eau devenue vitale : "Les endroits non rentables sont ceux qui ne sont pas irrigués, peste Damien Onorré. Ça fait 20 ans que j’entends parler d’Aqua Domitia 2. Il faut des années pour que les projets aboutissent, les gens se dégouttent."

Des friches, réservoirs pour les feux et les sangliers

En pourcentage de la surface cultivée (près de 15 %), le Gard est quasiment aussi impacté par l’arrachage que l’Aude. "Nous sommes touchés comme tout le monde, mais peut-être moins que dans les Cévennes où il y a moins de ressource en eau, estime Cyril Marès, président du syndicat des Costières de Nîmes. Il faut savoir que l’irrigation, pour la vigne, c’est rien, 60 mm par an, dix fois mois qu’en arboriculture."

Derrière, se pose la question de l’avenir de ces parcelles arrachées. "L’ennui c’est que beaucoup finissent en friches, réservoirs pour les sangliers et combustibles pour les incendies", s’inquiète Guilhem Vigroux, vigneron à Villeveyrac et secrétaire général de la chambre d’agriculture de l’Hérault. "Le problème des terres incultes, c’est que personne n’en veut. En général, ce sont des parcelles non irriguées et presque toutes les cultures nécessitent de l’eau. Dans les faits, la plupart de ceux qui font de l’arrachage partiel gardent les terres en essayant de les entretenir comme ils peuvent."

Le préfet des PO veut replanter des vignes coupe-feu

Les extraordinaires qualités de coupe-feu des vignes bien entretenues vont-elles les préserver d’une disparition… à petit feu ? Il est permis de l’espérer en regardant ce qui se passe du côté des Pyrénées-Orientales.

Deux mois après l’incendie géant de Trévillac, où près de 5 000 hectares ont été détruits et 12 000 personnes évacuées, les services de la Préfecture ont réalisé début septembre un état des lieux des mesures de préventions à mettre en œuvre.

"Le feu de Trévillach a montré que dans les villages où la vigne est restée présente, cette culture a permis de ralentir la progression du feu. À l’inverse, dans les communes les plus affectées par la déprise agricole, le feu a été plus difficile à contenir", a déclaré Pierre Regnault de la Mothe, préfet des PO.

La préfecture catalane avait lancé un appel à manifestation d’intérêt auprès des maires, pour mettre en place des projets de ceintures de protection, tels que pastoralisme, culture à vocation de coupe-feu comme les vignes ou le chêne-liège.

Sur 226 communes concernées, 101 ont déposé leurs candidatures pour bénéficier du soutien des services de l’État dans la constitution de futurs cercles de ce type, destinés à créer des barrages antifeu. Il s’agit de parcelles nouvellement plantées. Des projets financés par le fonds de réarmement agricole doté de 235 millions.

"Il faudrait inciter les entreprises mitoyennes de ces terrains, comme Enedis ou les sociétés d’autoroutes, à participer à l’entretien, suggère Damien Onorré. Trouver aussi des fonds publics et privés pour rémunérer de jeunes agriculteurs sur ces tâches d’entretiens ou pour y cultiver du fourrage."

Deux profils se dégagent sur les campagnes d’arrachage : ceux, près de la retraite, qui arrachent tout et arrêtent car ils n’ont personne pour prendre la suite. Et ceux qui arrachent pour réduire leurs coûts, s’adapter à la demande.

58 000 emplois en moins

"C’est un outil de pilotage des charges, confirme Guilhem Vigroux. Aujourd’hui un tracteur coûte 50 000 euros de plus qu’avant la guerre en Ukraine et le prix des engrais a quasiment doublé. Quand vous passez de 50 à 25 hectares, vous perdez un salarié." Certains syndicats estiment ainsi que 58 000 emplois directs et indirects vont disparaître avec ces plans.

"De l’emploi mais aussi de la richesse, appuie Damien Onorré. Dans l’Aude, 10 000 hectares arrachés à 5 000 € l’hectare de CA, faites le calcul… (50 millions en moins, NDLR). Nos charges explosent et ça fait 30 ans que nos prix de vente n’ont quasiment pas bougé. Vous comprenez bien que ce n’est pas viable."

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"L’arrachage est une solution sociale qui peut aider en ramenant de la trésorerie mais ce n’est pas une solution d’avenir, conclut Cyril Marès. L’Italie, par exemple, refuse d’arracher et incite toutes les appellations à s’unir pour commercialiser et communiquer. Chez nous, au salon Wine Paris, il y a un pavillon entier de vins français mais pas de stratégie ni de célébrations communes. Il y a beaucoup à faire…"

Les vendanges encourageantes, cette année, et les expériences de tunnel de prix qui se multiplient dans le secteur, pour faire remonter la rémunération des producteurs, sont de timides rayons de soleil sur ce paysage sinistré.