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Les animaux sauvages ont-ils eu assez de répit avant l’ouverture de la chasse ce week-end ?

L’ouverture générale de la chasse débute ce week-end, alors que les effets des incendies et des canicules sur la faune sauvage peinent toujours à être évalués.

Une chevrette photographiée le 24 juillet 2026 en Sologne, en Centre-Val de Loire.

ARTHUR N. ORCHARD / Hans Lucas via AFP

Une chevrette photographiée le 24 juillet 2026 en Sologne, en Centre-Val de Loire.

L’ouverture de la chasse démarre, ce dimanche 13 septembre, dans l’incompréhension chez les milieux écologistes et les associations environnementales. Alors que les incendies hors-norme de l’été faisaient rage, la Ligue de protection des oiseaux (LPO) et l’Association pour la protection des animaux sauvages ont été parmi les premières à demander son report. Une pétition lancée au lendemain du feu à Fontainebleau, appelant à un « moratoire immédiat », a aussi atteint les 500 000 signatures sur la plateforme Change.org.

Après cet été de brasiers, c’est la sécheresse qui se poursuit : 74 départements sont en situation de « crise » ce week-end. Dans ce contexte, l’ouverture de la chasse « est surréaliste, inacceptable », dénonce Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO, auprès du HuffPost. « La faune sauvage a besoin de paix et les chasseurs les plus responsables l’ont compris », estime le président.

Comme chaque année, les dates d’ouverture de la chasse, fixées par arrêté préfectoral, s’échelonnent tout au long du mois de septembre, par département. Dès ce dimanche, elle est possible en Gironde, dans le Var ou dans les Landes - des départements marqués par les feux de forêt cet été - pour les gibiers sédentaires et les oiseaux migrateurs.

Des secteurs incendiés demeurent toutefois fermés en Gironde et sont donc « inaccessibles à la pratique de la chasse », a fait savoir la préfecture à l’AFP. Plus tôt dans l’été, plusieurs arrêtés avaient déjà été pris pour suspendre ou limiter la chasse dans une vingtaine de départements.

Face aux critiques, Thibault Varenne, le président de la fédération de chasse du département, dénonce des appels anti-chasse « éloignés du terrain ». À l’inverse des écologistes, les chasseurs anticipent un repeuplement « très fort » des zones brûlées par les animaux « d’espaces ouverts » comme les faisans et les lièvres.

Le bilan difficile des feux sur la faune sauvage

La question du répit de la faune sauvage est en réalité « complexe », souligne auprès du HuffPost Simon Chollet, écologue et maître de conférences à l’Université de Rennes. « C’est difficile de montrer scientifiquement ce qu’il en est car on découvrira la plupart des conséquences dans un ou deux ans. Il faut passer l’hiver et attendre la prochaine saison de reproduction », explique le spécialiste.

En forêt de Fontainebleau ou dans les Landes, il est en effet encore trop tôt pour estimer les pertes, selon les associations et institutions contactées par Le HuffPost, dont l’Office national des forêts. « Il y a beaucoup d’espèces dont on n’est pas capable d’évaluer les pertes, notamment par manque d’accès aux zones sinistrées. Il faudra du temps », appuie Allain Bougrain Dubourg. La ministre de la Transition écologique Monique Barbut avait évoqué des « chiffres catastrophiques » pendant l’été, sans détailler davantage.

« Les espèces les plus impactées par les feux, ce ne sont pas les espèces chassables, car ce sont plutôt les amphibiens, les reptiles, les petits mammifères, reprend Simon Chollet. Mais les animaux capables de s’échapper, c’est-à-dire les oiseaux et les mammifères, des espèces chassables donc, voient leur capacité de reproduction drastiquement se réduire. »

Après les feux de 2022 en Gironde, la LPO a ainsi constaté des difficultés de reproduction chez les sternes. « Leurs conditions de nidification n’étaient plus réunies », résume Allain Bougrain Dubourg.

« De nombreuses années pour reconstituer des peuplements identiques »

Après un incendie, plusieurs années sont ainsi nécessaires pour restaurer la faune sauvage d’un territoire, d’après les scientifiques. « Ce ne sont pas les mêmes espèces qui reviennent au départ car la végétation a rajeuni. Il faut de nombreuses années pour reconstituer des peuplements identiques », indique Simon Chollet. « Ces zones ne sont pour autant pas vides de vie, on constate même plutôt une augmentation de la faune les premières années », complète l’écologue.

Les mois de sécheresse sont aussi à prendre en compte pour estimer le répit des animaux sauvages. « On constate une baisse de reproduction dans les années de sécheresse et il faut ensuite attendre une 'bonne' année pour que les populations puissent se reconstituer. Cela peut prendre parfois quelques années », observe Simon Chollet.

« Il est clair que cet été, de nombreuses espèces, dont des espèces chassables, ont souffert du manque d’eau. La chasse rajoute des dépenses énergétiques à des populations déjà fragilisées », ajoute le spécialiste. La littérature scientifique montre par exemple que la sécheresse concentre les oiseaux d’eau autour des points d’eau et les rend ainsi plus vulnérables.

Dans ce cadre, légiférer sur l’ouverture ou non de la chasse dès le mois de septembre est « complexe ». « Il y a des réflexions de long terme à mener pour savoir comment s’y prendre », estime Simon Chollet.

Le choix du principe de précaution

Face aux manques de données scientifiques, les associations estiment donc qu’il faut agir à titre préventif. « C’est un devoir de précaution élémentaire. On n’a pas besoin d’évaluer une mortalité pour se dire qu’il est déraisonnable de tirer sur des animaux qui ont été victimes des canicules », met en avant le président de la LPO.

« Si on parle du chevreuil, du cerf et du sanglier (...), la chasse ne les menace pas (...). La question est plus celle de l’acceptabilité sociale : est-ce qu’on a envie de chasser des animaux qui ont déjà souffert ? », a relevé en ce sens Julien Touroult, directeur du centre d’expertise et de données de l’Office français de la biodiversité et du Muséum national d’Histoire naturelle, sur le site spécialisé actu-environnement.

Pour Allain Bougrain Dubourg, il faudrait davantage procéder par « zones » et par espèces lors de l’ouverture de la chasse. « Il y a des endroits où la situation est moins douloureuse qu’ailleurs, il faut se mettre tous ensemble intelligemment autour de la table », reconnaît-il, citant aussi des espèces moins concernées tels que les sangliers.

En attendant, le président de la LPO continue de militer pour obtenir au moins un mois de report. « D’ici un mois, on peut espérer une reconquête des milieux humides. Ça me paraît aussi raisonnable d’attendre la fin des migrations et de laisser les oiseaux qui ont très fragilisé sur nos territoires rejoindre leurs quartiers d’hiver en paix. » Reste à savoir si sa recommandation sera suivie par les préfets aux prochaines dates d’ouverture de la chasse, les dimanches 20 et 27 septembre.