Après le Qatargate, le Parlement européen touché par l'affaire Žalimas : ce sont surtout les chiffres qui rendent ce dossier explosif
Une opinion de Ricardo Martins, docteur en sociologie, spécialisé en géopolitique et relations internationales
Le Qatargate aurait dû servir d'électrochoc. Au lieu de cela, c'est juste un rappel de plus : le Parlement européen reste perméable aux influences, affaibli par une surveillance défaillante et une culture de la gestion de crise. Transparency International EU ne mâche pas ses mots : le scandale a révélé un système d'achat d'influence, et les réformes promises pour y mettre fin se font toujours attendre.
Les inculpés échouent à faire tomber l'enquête QatargateC'est dans ce contexte qu'a éclaté l'affaire de Dainius Žalimas, membre du Parlement européen et ancien président de la Cour constitutionnelle lituanienne. En mai, le procureur général de Lituanie a ouvert une enquête préliminaire au sujet de soupçons de fraude comptable au sein du Centre pour le droit et la démocratie, que Žalimas dirigeait autrefois – une ONG soutenant l'opposition biélorusse. Les plaintes, déposées par un eurodéputé et un parlementaire lituanien, font état d'un usage potentiellement illégal de fonds publics et privés entre 2021 et 2025. Žalimas lui parle de désinformation.
Échapper aux audits
Mais ce sont surtout les chiffres qui rendent ce dossier explosif. Selon la chaîne publique lituanienne LRT, le centre aurait perçu environ 246 000 euros de soutien au cours de trois ans — dont plus de 30 000 euros auraient été versés directement dans la poche de Žalimas. Le fait que le centre ait été fondé en 2021 et liquidé en 2025 a déjà fait tiquer, certains y voyant une stratégie visant à échapper aux audits. Des opposants biélorusses ont aussi publiquement mis en doute la transparence de l'organisation. Žalimas, de son côté, assure que les comptes sont en règle, qu'aucun donateur ne s'est plaint et que les autorités ne font que vérifier les documents.
Le Parlement européen, lui, a de quoi s'inquiéter. Žalimas n'est pas un simple figurant : il siège actuellement au Parlement, élu en 2024 sur la liste du Freedom Party. Sur le site officiel du Parlement, il est membre de la commission des affaires juridiques, vice-président de la commission des droits des femmes et de l'égalité des genres, et participe aux délégations avec la Biélorussie et les États-Unis. Autrement dit, ce n'est pas seulement une anecdote lituanienne.
Des dommages qui vont au-delà du juridique
Les défenseurs de Žalimas ont raison sur un point : une enquête n'est pas une condamnation. Il affirme être "certain à 100 %" qu'aucun acte criminel ne sera retenu contre lui et refuse de démissionner. C'est légitime. Mais cela ne change rien au fait que le Parlement réclame toujours la confiance du public sans parvenir à s'auto-surveiller avant que les scandales n'éclatent.
Ce qui rend ce dossier particulièrement sensible, c'est la dimension politique qui s'y greffe. En Lituanie, Žalimas cristallise l'animosité des conservateurs et des nationalistes. Ancien président de la Cour constitutionnelle, il a rejoint le Freedom Party pour défendre des causes progressistes jugées incompatibles avec les "valeurs traditionnelles" du pays par ses détracteurs. Il sollicitait souvent le soutien des institutions européennes lorsque la politique nationale s'enflammait. Ce sont des griefs politiques, mais ils expliquent pourquoi la polémique dépasse la simple comptabilité et interrogent la véritable indépendance des experts lituaniens.
La Commission propose de créer un organe chargé de fixer les règles éthiques pour les institutions de l'UE (mais pas de les faire respecter)Voilà pourquoi ce scandale dépasse le cadre d'un seul homme. Quand les fonds transitent par des ONG, des projets d'aide juridique ou des ateliers sur la démocratie en Biélorussie, sans rapport public clair, les soupçons d'une économie politique de l'ombre persistent : généreuse pour les initiés, opaque pour le public et presque impossible à contrôler une fois l'argent envolé. Il ne s'agit plus seulement d'un centre ou d'un élu, mais aussi d'un Parlement où Žalimas joue un rôle important.
→ Titre original : "Du Qatargate à Žalimas : Le Parlement européen a-t-il vraiment résolu ses problèmes d'éthique ?"
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