Appels à rétablir les lignes de bus abolies pour faire place au REM
Des voix se font entendre une fois de plus pour faire rétablir les lignes de bus éliminées depuis l’inauguration du Réseau express métropolitain (REM) il y a trois ans. Les pannes à répétition du train automatisé justifient amplement un assouplissement de la clause de non-concurrence qui a entraîné la fin des déplacements par bus entre Montréal et les banlieues, font valoir des experts et des usagers.
« Je crois au potentiel du REM, mais tant que sa fiabilité ne sera pas au rendez-vous, il est essentiel d’offrir une véritable solution de rechange. C’est pourquoi je continue de demander le rétablissement permanent des lignes d’autobus express 45 et 90 vers Montréal », indique au Devoir la mairesse de Brossard, Doreen Assaad. « Les autobus ne sont pas une concurrence au REM, mais un complément indispensable pour offrir un réseau de transport plus résilient. Brossard et les autres villes de la Rive-Sud ne peuvent pas dépendre d’un seul mode de transport », ajoute-t-elle dans une déclaration écrite.
L’élue municipale déplore que « les pannes répétées du REM ébranlent la confiance des usagères et usagers et ont des répercussions bien réelles sur leur quotidien ».
La professeure Catherine Morency, de Polytechnique Montréal, a aussi réaffirmé cette semaine la nécessité de ramener les bus entre la métropole et les banlieues, dans la foulée de la panne majeure qui a paralysé le REM durant deux heures le vendredi 17 juillet. Les défaillances du réseau de train automatisé ont entraîné une crise de confiance, a rapporté Le Devoir.
« Les usagers sont otages d’un réseau qui manque de fiabilité. Cette espèce d’entente de non-compétition est totalement absurde. Jamais on ne verrait ça dans un réseau routier, mais en transport collectif, c’est systématique », déplore l’experte en mobilité.
« Reviens en marchant »
Le service du REM est si souvent perturbé que les usagers se défoulent sur les médias sociaux. Certains ont suggéré de renommer le REM « Rentre en métro », « Reviens en marchant » ou « Rien en mouvement ».
Trajectoire Québec, qui défend les passagers des transports en commun, réclame aussi le maintien des lignes de bus sur le pont Champlain qui ont été abolies depuis la mise en service du REM en 2023. « À nos yeux, les autobus ne sont pas en compétition avec le REM, mais sont complémentaires », dit le coordonnateur des affaires publiques et des communications de l’organisme, Brian Nash.
Trajectoire Québec dit avoir convenu cette semaine d’accompagner Pulsar, l’exploitant privé du REM, pour l’aider à améliorer son service à la clientèle. « Il est urgent de rétablir le lien de confiance entre le REM et les usagers. Nous nous attendons à ce que de nouvelles mesures soient mises en place rapidement et à ce que le service s’améliore », a déclaré l’organisme par communiqué.
Silence radio
L’Autorité régionale de transport métropolitain, responsable de coordonner les transports collectifs dans la métropole, est-elle ouverte à ramener certaines lignes de bus ? L’organisme a indiqué au Devoir qu’il ne ferait pas de commentaire à ce moment-ci.
Interpellé à ce sujet, le ministre des Transports et de la Mobilité durable, Benoit Charette, a esquivé la question. « Les citoyens de la région métropolitaine doivent avoir accès à un service fiable. Notre gouvernement s’attend à ce que Pulsar prenne les actions nécessaires afin d’y remédier rapidement. Nous leur demandons de poursuivre leurs correctifs et d’être transparents avec les citoyens », a indiqué par écrit le cabinet du ministre.
Ginette Geneviève Lapierre, une résidente de L’Île-des-Sœurs, est découragée par l’apathie des élus et des gestionnaires face aux difficultés du REM. Elle a écrit au fil des ans à François Legault, du temps où il était premier ministre, et à Charles Emond, président et chef de la direction de La Caisse (l’organisation qui a piloté la mise en place du REM). En vain. « Quand un élu va-t-il se lever pour dire : “Ça n’a pas d’allure, ce qui se passe avec le REM” ? » lance cette citoyenne indignée.