Anne Marivin a fait de la promo de ce film un plaidoyer pour la « middle class » du cinéma
Très lucide durant la promotion du film « Ni vue, ni connue », l’actrice a pointé du doigt la fameuse « liste A » du cinéma français, dont elle considère ne pas faire partie.

Capture d’écran Youtube
Entourée de Sandrine Kiberlain et Isabelle Huppert, deux grandes stars du cinéma français, Anne Marivin a profité de la promotion de leur film pour évoquer son statut d’« actrice du millieu ».
C’est une campagne de promotion peu habituelle à laquelle se livre depuis plusieurs jours la comédienne Anne Marivin, actrice française connue pour ses rôles dans Sous la Seine, Bienvenue chez les Ch’tis ou Podium.
À 52 ans, elle est actuellement à l’affiche de la comédie Ni vue, ni connue de Marc Fitoussi, avec Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain, les deux « vraies » stars du casting de ce film sur les coulisses du milieu du cinéma.
Dans cette comédie méta, Isabelle Huppert incarne Corinne, une figurante ambitieuse qui rêve de décrocher un vrai rôle de cinéma. Sa rencontre avec Sandrine Kiberlain (la vraie) lui ouvre alors une porte rêvée sur le petit milieu du 7e art français. Avec un tel scénario, Anne Marivin semble avoir pris un malin plaisir à faire de la promotion de ce film un véritable plaidoyer pour les acteurs et actrices du milieu.
Le constat amer d’Anne Marivin
Lors d’une avant-première ou au micro de France Inter, Anne Marivin n’a pas raté la moindre occasion de critiquer ce système pyramidal déjà largement épinglé en début d’année par le magazine Télérama dans un article consacré au manque de renouvellement des têtes d’affiche du cinéma français. En Une, le magazine s’en amusait avec un montage provocateur réunissant Romain Duris, Virginie Efira, Camille Cottin, Jean Dujardin, Gilles Lellouche, François Civil, Adèle Exarchopoulos et Pierre Niney.
« Il y a une liste A, une liste B », a ainsi critiqué Anne Marivin au micro d’OnTime, aussitôt contredite par Sandrine Kiberlain : « Oui mais regarde ça change, ça change par endroits et ça va changer encore. » « Ça fait 20 ans qu’on nous dit ça et moi j’avoue que je ne vois pas vraiment où ça change », rétorque Anne Marivin, devant une Isabelle Huppert bien silencieuse.
« Les distributeurs, les gens qui mettent beaucoup d’argent dans les films, sont rassurés par des acteurs qu’ils pensent être fédérateurs pour le public. Est-ce qu’ils ont raison ? Est-ce qu’ils ont tort ? Je ne sais pas, mais ça continue d’exister », avance-t-elle, en évoquant une multitude de projets qui ne se font pas sans visage de cette fameuse liste A. Au grand étonnement d’Isabelle Huppert, d’ailleurs.
« C’est pour ça que certaines années, on se retrouve avec les mêmes castes. C’est le calendrier, c’est comme ça, mais tous les deux mois ce sont les mêmes acteurs et actrices qui sont au-devant de l’affiche. Il y en a plein d’autres, des acteurs talentueux », prolonge celle qui joue son propre rôle dans Ni vue, ni connue. Dans cette même interview, Sandrine Kiberlain a quand même tenu à saluer le choix « fort » du réalisateur Antonin Baudry, qui a préféré Simon Abkarian à une tête d’affiche du cinéma français pour incarner le général français dans son diptyque La Bataille de Gaulle.
Ambassadrice de la « middle class »
Au micro de France Inter, dans l’émission On aura tout vu, Anne Marivin avait été invitée à définir ce concept de liste A. Ce qu’elle avait fait, en s’en tenant uniquement aux femmes. « Dans cette génération-là, c’est une dizaine d’actrices qui peuvent porter un film, qui vont recevoir tous les scénarios pour des rôles de premier plan. Après il y a une autre liste, faite d’Anne Marivin, d’actrices qu’on identifie, mais où on ne pourra pas monter un projet sur son nom », décrivait-elle.
« Quand on fait partie des listes en dessous, il y a de moins en moins de personnages passé 45 ans, 50 ans, 60 ans. L’entonnoir se rétrécit », commentait également Anne Marivin, à partir de son expérience dans le métier et en ajoutant que « c’est beaucoup moins le cas pour les hommes ».
Anne Marivin assume ainsi être « une actrice du milieu », un statut qu’il lui a d’ailleurs permis d’aider le réalisateur Marc Fitoussi sur ce film. Lors d’une avant-première en présence du casting, Anne Marivin donnait un exemple concret : « Ce que me fait dire Marc, sur les dialogues, à savoir : “t’es gentille avec tes choix, mais moi je ne reçois pas 17 scénarios…”. C’est vrai, je ne suis pas à l’endroit de Sandrine Kiberlain. On ne monte pas un film sur Anne Marivin. »
Se considérant quand même gâtée en comparaison d’autres comédiennes et donc peu légitime à se plaindre, l’actrice estime qu’elle incarne néanmoins « tout un pan du métier dont on ne parle pas. La “middle class” d’actrice et d’acteurs, où vous vous dites : “on les voit souvent à la télé ou au cinéma, donc ça va pour eux”. Mais en fait ce n’est pas si simple, ce n’est pas si évident », tentait-elle de partager aux spectateurs de ce film, où elle n’est même pas présente sur l’affiche. Contrairement à Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain…