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Alzheimer : "Il n'y a pas de révolution" Ce qu'il faut vraiment retenir de la découverte japonaise sur la "graine" qui serait à l'origine de la maladie

l'essentiel Des chercheurs japonais du NCNP ont identifié le "Peak 1 amyloïde-bêta", potentiellement à l'origine des dépôts toxiques liés à Alzheimer, selon une étude publiée le 20 juillet dans "Brain Communications". Cependant, Christelle Hureau du CNRS souligne que cette découverte, bien que très prometteuse, ne révolutionne pas le domaine.

Dans le magazine scientifique Brain Communications le 20 juillet dernier, des chercheurs japonais du NCNP ont affirmé avoir identifié les espèces moléculaires à l'origine de la maladie d'Alzheimer. Un emballement médiatique que nuance Christelle Hureau, chercheuse CNRS au Laboratoire de chimie de coordination : "Il n'y a pas de saut révolutionnaire dans ce qu'ils ont trouvé". La Dépêche décrypte cette découverte et ses conséquences.

Une maladie en croissance, des traitements limités

En France, 1,4 million de personnes vivent avec Alzheimer ou une maladie apparentée ; en 2025, deux personnes sur trois sont des femmes, selon Alzheimer Europe. Dans le monde, l'OMS recense 55 millions de personnes atteintes de démence, dont 60 à 70 % de cas d'Alzheimer — un chiffre qui pourrait atteindre 139 millions en 2050. Le coût estimé en France est de 32 milliards d'euros par an.

La maladie résulte d'une dégénérescence neuronale liée à l'accumulation de plaques d'amyloïde-bêta (Aβ), une protéine qui, en s'agglutinant peu à peu sur elle-même, détruit les connexions cérébrales. Deux traitements existent : le Leqembi (lecanemab), autorisé en Europe en avril 2025 après un parcours compliqué, qui cible les protofibrilles — des petits amas dans le cerveau — solubles d'Aβ ; et le Donanemab, qui élimine les plaques déjà formées, autorisé dans l'UE mais refusé en France par la HAS. "Il y a beaucoup de discussions sur le bénéfice-gain" du second, note Christelle Hureau, jugeant le premier "plus consensuel", à condition d'un diagnostic précoce.

Qu'apporte réellement cette étude japonaise ?

Les chercheurs japonais ont identifié une "graine" moléculaire, baptisée "Peak 1 amyloïde-bêta", à partir de laquelle s'accumulent les dépôts toxiques. Un travail salué par la chercheuse comme "bien fait", mais qu'elle nuance : "Ils ne discutent pas vraiment de l'originalité par rapport à la littérature". Elle pointe aussi une limite méthodologique : pour connaître la taille de ces molécules, les chercheurs les ont fait passer à travers une colonne de séparation, calibrée grâce à des protéines de référence en forme de sphère. Or les espèces du Peak 1 n'ont probablement pas cette forme, ce qui fausserait l'estimation de leur poids réel — "Le poids donné est quand même très approximatif, pour moi."

Les auteurs eux-mêmes restent prudents : ils ignorent pourquoi cette population de peptides déclenche le dépôt amyloïde, et évoquent une piste thérapeutique sans trancher. "Ils parlent bien d'une nouvelle cible thérapeutique, mais il faut prendre cela avec précaution, parce qu'après, cela donne beaucoup d'espoir", résume Christelle Hureau.

L'étude relève aussi une hétérogénéité : le Peak 1 extrait de cerveaux de patients Alzheimer n'a pas provoqué de dépôts chez toutes les souris injectées. Une variabilité qui "fait partie du tableau Alzheimer", selon la chercheuse, "la maladie est multi-factorielle et se caractérise par différents marqueurs."

Une cible nouvelle ?

Reste une question que les auteurs soulèvent eux-mêmes : le Peak 1 identifié par les chercheurs japonais est-il vraiment une nouvelle molécule, ou s'agit-il simplement d'une autre façon de désigner ce que le lecanemab vise déjà ? "Ce pic 1, en fait, ce sera probablement une première chose à vérifier : si l'anticorps des formes solubles précoces fonctionne dessus", avance Christelle Hureau — ce qui signifierait que la découverte "est peut-être une nouvelle mise en évidence de choses déjà ciblées" par les solutions existantes. Avant de parler d'un nouveau traitement, il faudra d'abord vérifier si le lecanemab agit déjà, sans le savoir, sur cette même "graine".

De quoi tempérer l'enthousiasme des résultats sans nier l'intérêt du travail : "Cela reste quand même une belle avancée, importante", conclut la chercheuse.