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Allemagne. Drone chargé d'explosifs à l'aéroport de Leipzig : une attaque de « guerre hydride »

Après la découverte d’un drone chargé d’explosif, mercredi 5 août, sur le tarmac de l’aéroport de Leizpzig, le gouvernement allemand dénonce un scénario d’attaque hybride et une opération de déstabilisation venue de l’Est. Un mode opératoire qui rappelle, aussi, de sinistres souvenirs.

David Philippot -

Hier à 20:46 | mis à jour hier à 20:54

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Les policiers fouillant la zone à pied. L'enquête sur la découverte du drone chargé d'explosifs se poursuit. Photo Sipa/Sebastian Willnow/DPA

Les policiers fouillant la zone à pied. L'enquête sur la découverte du drone chargé d'explosifs se poursuit. Photo Sipa/Sebastian Willnow/DPA

En Allemagne, il s’en est fallu de peu pour que l’attentat avorté à l’aéroport de Leipzig ne tourne à la catastrophe. Un chauffeur de bus a aperçu un drone sur le tarmac au moment où il conduisait un groupe de touristes pour une visite nocturne des hangars. L’homme est descendu pour faire tomber d’un coup de pied l’engin volant à mi-hauteur.

Un geste que le député CDU Detlef Seif, qui a raconté les circonstances, a qualifié de « courageux et dangereux ». Héroïque car le quadrocoptère évoluait à proximité des citernes de kérosène et d’un Antonov ukrainien chargé d’armements. Inconscient car 800 g de l’explosif Semtex étaient fixés sous l’aile du drone.

La cargaison avait été acheminée, selon un rapport de police révélé par le journal Süddeutsche Zeitung, peu de temps auparavant de France à Leipzig et seule une défaillance technique du détonateur (provoqué par sa chute brutale ?) a empêché l’explosion qui aurait pu se transformer en carnage dans cette zone de fret. Coup de chance ou simple avertissement ? La question hante désormais les services de sécurité allemands.

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L’ombre de Moscou

Rentré en urgence de vacances en Italie, le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt a parlé, mercredi soir, d’un « scénario hybride d’attentat » et d’une « nouvelle qualité de danger », sans jamais prononcer le mot Russie. Le ministre de l’Intérieur a évoqué du bout des lèvres « l’implication possible de puissances étrangères ». Une prudence de façade : l’Allemagne est devenue la cible privilégiée d’une campagne de déstabilisation venue de l’Est, entre sabotages, cyberattaques et espionnage militaire ou industriel. Pour l’expert en sécurité Peter Neumann, du King’s College de Londres, les éléments de langage du ministre - « puissances étrangères », « professionnels », « menace hybride » - sont un code parfaitement lisible. « Quand on évoque la guerre hybride, explique-t-il, c’est bien la doctrine russe de déstabilisation. » Un cran supplémentaire vient, selon lui, d’être franchi.

Le choix même de l’explosif par ces professionnels ravive un traumatisme ancien. Le Semtex, utilisé lors de l’attentat de Lockerbie (Écosse), avait ensanglanté l’Europe et l’Allemagne dans les années 1970 et 1980, entre les mains de groupes terroristes téléguidés depuis le bloc de l’Est. L’enquête ne s’arrête pas au drone désamorcé. Un second objet volant avait percuté un avion-cargo DHL contraint de remettre les gaz après la fermeture de la piste. Des centaines de policiers ratissaient vendredi les alentours de l’aéroport à la recherche de débris.

Des aéroports démunis face à la menace

Malgré l’inauguration en décembre d’un centre de défense antidrones à Berlin, Leipzig, comme sept autres aéroports allemands, attend toujours ses détecteurs, radars, caméras et capteurs pilotés par l’IA. Faute de moyens opérationnels, l’Allemagne reste, pour l’heure, incapable d’intercepter ces engins ou d’en identifier avec certitude la provenance. Une faille béante dans laquelle s’engouffre la guerre hybride menée sur le sol européen.