Allemagne, alerte rouge sur l'industrie
Béatrice Mathieu de l’Express nous emmène ce matin de l'autre côté du Rhin, où Emmanuel Macron et Friedrich Merz, le chancelier allemand, se sont retrouvés hier et aujourd'hui, sur fond de débâcle industrielle dans le pays et de concurrence chinoise…
Publié le vendredi 17 juillet 2026 à 07:43
Le rendez-vous a eu lieu à quelques kilomètres de Cologne, au cœur de la Rhénanie industrielle. Deux journées de discussions pour réparer, consolider les partenariats industriels et surtout militaires franco-allemands. Evidemment, les deux chefs d'Etat ont parlé du SCAF, l'avion de chasse du futur, dont le projet a été abandonné récemment. Mais ils ont sans doute aussi essayé de trouver une position commune sur un sujet qui tétanise aujourd'hui l'Allemagne : la concurrence chinoise et la déferlante de produits hyper-compétitifs qui font des ravages.
On estime qu'environ 10 000 emplois en moyenne disparaissent, chaque mois, dans l'industrie allemande.
Un homme, étoile montante de la CDU, la droite allemande, le parti du chancelier Friedrich Merz, en a fait son combat.
Son nom : Johannes Volkmann
Et qui est donc ce Johannes Volkmann ?
Comme ça, ce nom ne vous dit pas grand-chose. Mais si je vous dis que c'est le petit-fils du grand Helmut Kohl, le chancelier de la réunification, cela vous pose le personnage.
La trentaine tout juste, une carrure de judoka comme Papi, élu au Bundestag il y a un an, Johannes Volkmann est un spécialiste de la Chine. Et son discours tranche singulièrement avec les propos conciliants tenus envers Pékin depuis des années par une bonne partie des dirigeants allemands.
En vrac, il vise le yuan, la monnaie chinoise artificiellement sous-évaluée, les subventions publiques déguisées qui faussent la concurrence. Pour lui, impossible de continuer de commercer avec la Chine dans ces conditions alors que les règles du jeu sont faussées. Il faut assumer la confrontation, ne pas avoir peur des mesures de rétorsion de Pékin, et mettre en place des droits de douanes compensatoires sur tous les produits chinois qui entrent en Europe. Sinon, c'est la mort du Mittelstand, ce tissu d'entreprises moyennes industrielles qui font la force de l'Allemagne. La mort aussi de son industrie automobile.
Car l'industrie auto justement pèse lourd outre-Rhin…
Et bien c'est 13% du PIB à elle-seule et elle fait vivre 14% des salariés allemands. Or elle souffre comme
jamais. A l'image du groupe Volkswagen, symbole national, qui envisagerait de supprimer jusqu'à 100 000 emplois d'ici 2030 et de stopper la production de près de la moitié des modèles du groupe pour réduire les coûts.
"Vous, les Français, cela fait longtemps que vous nous avertissez sur les dangers de la concurrence chinoise" m'a confié Johannes Volkmann lorsque je l'ai rencontré dernièrement.
Alors si les Allemands se "francisent" un peu, c'est peut-être une bonne nouvelle pour l'Europe !