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Agroécologie et agroforesterie : auprès de son arbre, l’agriculture varoise est heureuse, et la biodiversité aussi

« L’arbre, c’est le grand bioclimatiseur des milieux ! Si tu veux avoir une action sur le micro-climat, sur ta parcelle, il faut de l’arbre ! » Le vigneron lucois Lionel Asin, président de la cave coopérative de la commune, vit heureux auprès de son arbre. Enfin de ses arbres, qui poussent depuis plusieurs années maintenant au milieu des rangées de vignes.

« Nous cultivons 37 hectares de vignes. On va avancer au rythme de la nature, il devrait me falloir 25 ans environ pour convertir l’ensemble de mes parcelles à l’agroforesterie. Si je n’ai pas le temps de le faire moi-même, mon fils prendra la suite ! », observe-t-il

Pionnier, avec quelques autres, du retour de l’agroécologie et de l’agroforesterie dans le Var, il a été frappé par « une sorte de révélation, d’évidence, à la suite d’une formation il y a cinq ans dans le Gard. » Avec une poignée d’experts et passionnés, il participe à la création en 2022 de l’association Les Résilients, qui s’est rapidement imposée comme une structure référence.

Il y a quelques semaines, Lionel Asin a pris part à une formation de techniciens polyvalents en agroforesterie, sur une parcelle de ses vignes au Luc.
Il y a quelques semaines, Lionel Asin a pris part à une formation de techniciens polyvalents en agroforesterie, sur une parcelle de ses vignes au Luc.
Philippe Zamari / Var-matin

«  Lorsque l’on voit les limites planétaires déjà atteintes, chacun de nous, à son échelle, doit se poser la question : quels sont mes impacts et comment les réduire pour améliorer l’habitabilité de la planète ? Nous, agriculteurs, travaillons au contact direct du vivant et mesurons mieux que personne les effets du changement climatique. Il faut donc changer nos pratiques, laisser sa place au vivant, et relancer les grands cycles naturels : eau, carbone etc. »

La présence d’arbres parmi les vignes représente bien des atouts : « réduction du stress climatique en étant brise-vent, en réduisant l’érosion du sol et/ou en faisant de l’ombre. Leurs racines permettent de remonter l’eau des couches profondes du sol, et ont un effet filtrant qui limite la pollution des nappes phréatiques. Les mycorhizes contribuent activement au maintien de la vie du sol, donc d’un sol riche.  »

À l’échelle de l’exploitation, l’agroforesterie peut permettre de diversifier les productions (bois d’œuvre, bois énergie, arboriculture...). Surtout, les arbres favorisent et abritent la biodiversité, « et d’atténuer les effets du changement climatique en stockant du carbone ».

Parmi les principes de l’agroforesterie et de l’agroécologie figure le travail de sols naturellement riches en matière organique.
Parmi les principes de l’agroforesterie et de l’agroécologie figure le travail de sols naturellement riches en matière organique.
Florian Escoffier / Nice-matin

Complémentaire, l’hydrologie régénérative permet aussi de reconstituer les chemins de l’eau, notamment lors des écoulements pluviaux, d’en faire profiter ses plants, de mieux la stocker, et de réduire sa consommation d’eau.

« Ce n’est pas du tout nouveau, au contraire, les anciens pratiquaient tout cela. C’est un vieux modèle de Provence basé sur la polyculture, appelé oullières : un rang d’oliviers, deux rangs de vignes, du maraîchage, des céréales, des légumineuses, un rang de fruitiers, et le chemin de l’eau au milieu de tout ça... C’était l’agriculture familiale par excellence », observe Séverine Cachod, des Résilients.

Bien sûr, « cela implique peut-être des rendements moindres, mais il semblerait que nous produisions aujourd’hui trop de rosés en Provence : c’est peut-être le bon moment pour changer ? », pointe le vigneron.

Désormais dûment diplomé en agroforesterie, Lionel Asin se fait avec d’autres le porte-parole de cette pratique. Gage de crédibilité, s’il en était besoin, l’agroforesterie a ses propres lauréats au concours général agricole de Paris. Plusieurs Varois ont été sélectionnés ou récompensés ces dernières années, comme le domaine viticole Castell-Reynoard (La Cadière-d’Azur) ou le jardin Quietous (Camps-la-Source). « Si certains hésitent, il s’agit de montrer que sur le terrain, cela fonctionne très bien ».

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Sylvain Audemard : « D’une certaine façon, cela a toujours été pratiqué dans le Var »

« Evidemment, les pratiques de l’agroforesterie et de l’agroécologie sont positives. A ce titre, il faut bien noter que les pratiques agricoles dans le Var se différencient de celles du reste de la plupart des grandes régions agricoles françaises », estime Sylvain Audemard, le président de la chambre d’agriculture du Var.

« Ici, les surfaces agricoles ne représentent que 12 % du département, et il s’agit de petites exploitations, 15 hectares en moyennes, réparties sur de nombreuses petites parcelles, très morcelées, très vallonnées. Par exemple, j’exploite 40 hectares de vignes, et elles sont réparties sur 43 parcelles ! Ainsi, autour de ces parcelles, il y a encore très souvent des restanques, un ruisseau, de la forêt... Ces parcelles étant petites, il n’y a pas forcement beaucoup de place ou d’intérêt pour y réimplanter des haies, ce qui a par contre un intérêt majeur au milieu de grandes plaines céréalières dans d’autres régions. Dans le Var, d’une certaine façon, des générations d’agriculteurs ont toujours plus ou moins pratiqué l’agroforesterie et l’agroécologie sans mettre un nom dessus ».