Affaire Bruel : Les stratégies des collectifs féministes pour faire entendre la voix des victimes
Patrick Bruel à Forest National le 6 octobre ? De l’histoire ancienne, le chanteur a annulé sa tournée de 35 dates, après s’être retiré de tous les festivals auxquels il était invité cet été. Mise en examen dans quatre dossiers, accusé dans la presse de violences sexuelles par une trentaine de femmes, l’idole déchue a mis un terme à ses activités. Mais il ne faudrait pas y reconnaître “un aveu”, défend son avocate. C’est en tant qu’homme “à l’écoute” que la star en a décidé ainsi, face “aux menaces qui pesaient sur son public si la tournée devait être maintenue”. Un argument de victimisation qui fait unanimement réagir le secteur militant.
“On ne représente aucune menace pour la sécurité de quiconque, car notre mode d’action contre les violences faites aux femmes est par nature non violent, rappelle Maëlle, militante du collectif français #NousToutes. Par contre, oui, on met la pression sur l’artiste, les équipes, les salles, et les municipalités qui accueillent la personnalité publique mis en cause. Ces parties prenantes sont presque complices puisqu’elles ont une part de responsabilité.” Simple à dire, moins à faire, entend-on néanmoins parmi les acteurs culturels qui diffusent et programment l’événement de ces chanteurs, acteurs et autres artistes de renom concernés par une réputation en berne.

Patrick Bruel aujourd’hui, Roméo Elvis hier, Ary Abittan, Slimane, Jean-Luc Lahaye en remontant jusqu’à Gérard Depardieu aux débuts de la vague #MeToo dans le cinéma il y a dix ans. “Des cas d’école” traités de manière similaire par les mouvements féministes, qui militent désormais en suivant une stratégie de prévention et de dénonciation minutieusement préparée.
Droits des femmes: Pourquoi les militantes féministes sont rarement d’accord avec les décisions de justice ?Des collectifs féministes en ordre de marche
À chaque collectif, son plan de lutte. Au sein de Nous toutes, réseau national aux 110 antennes locales, tout démarre à ce dernier échelon. “Nos comités se réunissent pour organiser la riposte lorsqu’un concert est programmé sur leur territoire. C’est par exemple une infiltration, une action devant le lieu culturel pour sensibiliser le public qui s’y rend, etc. Tout est ensuite relayé au niveau national, avec des manifestations souvent intracollectives.” Avec, comme principaux avantages, l’immédiateté et une présence du nord au sud.
En Belgique, ce découpage tentaculaire des collectifs n’a pas la même force de frappe, et ce n’est pas qu’une question de taille du pays. Cela n’empêche toutefois pas leur mobilisation. “On commence par solliciter les organisateurs de tournée, les programmateurs, les directeurs de salle et même les communes pour ouvrir le débat, avoir un discours constructif sur ce qui se joue et réclamer des mesures conservatoires, précise Laura, de la collective Les Sous-entendue.s. Parfois, c’est un manque de connaissance des mécanismes de violence et de l’enjeu.”
Dans le cas Bruel, le Summer Bastogne Festival a apporté une réponse compréhensive. Mais Live Nation, à la tête de Forest National, n’a pas réagi selon la militante. Le collectif belge se lance alors dans une médiatisation accrue, à coups de communiqués et d’actions publiques.
Cette mise sous pression se joue parallèlement sur les réseaux sociaux. “On se décentre de l’artiste, qui ne décide de toute façon pas de notre agenda de lutte. On parle du cas individuel, comme Bruel, avec une approche systémique et on martèle ça en ligne. Les victimes de violences sexuelles voient cette couverture médiatique et associative et ne doivent pas se sentir occultée par un agresseur”, argue Maëlle.
Céline Lelarge, victime d'un viol: "la justice se range bien vite du côté des auteurs"Les campagnes, actives, mènent à des annulations, parfois et plus rarement à des déprogrammations initiées par les salles et organisateurs. Pour les collectifs, cela ne représente néanmoins pas une victoire ou une fin en soi. Ils demandent surtout une conscientisation des faits et des excuses, pour ouvrir la voie de la réparation et de la crédibilisation de la parole des victimes.
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