taraskuzio.com

"Je suis là pour que justice soit faite" : le monde du rugby à la barre

Ce lundi après-midi, Thomas Lièvremont et Gonzalo Quesada, deux des plus proches amis de Federico Martin-Aramburu, se sont succédé à la barre afin d'évoquer la personnalité et le souvenir de l'ancien international argentin.

Pour la première fois depuis l’ouverture du procès, le monde du rugby est monté à la barre. Et avec lui, une autre image de Federico Martin Aramburu : celle du trois-quart centre, du Puma et de l’ami. Sur l’île de la Cité, Thomas Lièvremont (52 ans) s’est présenté le premier. Chemise blanche, digne, l’ancien numéro 8 du XV de France, de l’Usap et du Biarritz olympique avait remporté deux Boucliers de Brennus aux côtés de l’Argentin. Face à la cour, il a commencé son discours sur une anecdote. "Au club, on l’appelait “Numero Dos”, parce que c’était le deuxième Argentin du BO après Martin Gaitan (ancien trois-quart centre). À son arrivée, on avait souri : Fede était d’un gabarit commun et il fuyait la muscu. Mais dès son premier match, il a prouvé qu’il était exceptionnel." Lièvremont, lui, appartenait à une autre catégorie : "Il y a des bœufs, dont je fais partie, et des mecs fins, qui ont un sens du jeu et de l’anticipation. Fede faisait partie de ceux-là. Il évitait, il n’était pas violent comme peuvent l’être les avants."

Il était la gentillesse à l’état pur. Il était fiable, calme, généreux, respectueux.

Puis vient le 19 mars 2022. Thomas Lièvremont se trouvait lui aussi à Paris et devait assister au match France-Angleterre avant de partir quelques jours plus tard en Argentine avec son ami Fede. Au matin du drame, plusieurs appels en absence apparaissent sur son téléphone. Son frère Marc, ancien sélectionneur du XV de France, lui annonce alors la nouvelle. "La sidération a été totale. J’ai tout de suite appelé Shaun Hegarty, en vain, puis pris un billet pour rentrer à Biarritz. J’ai vécu la pire quinzaine qu’on puisse imaginer. Depuis, la vie n’est plus la même."

Sa voix se brise. Lièvremont fond en larmes. "Il y a quelques années, j’ai perdu mon père et mon frère, de maladie. Ce fut dur mais le temps a fait son œuvre, concernant leurs disparitions. En revanche, le manque de Fede ne se comble pas. Il était la gentillesse à l’état pur. Il était fiable, calme, généreux, respectueux. Il donnait du bonheur aux gens." Il reprend difficilement : "Aujourd’hui, je suis là pour honorer sa mémoire et pour que justice soit faite. Je ne comprends pas pourquoi on doit vivre tout ça, en fait. Je ne comprends toujours pas pourquoi il est parti."

Et puis cette ironie tragique : "Ce qui est paradoxal, c’est qu’il avait choisi de vivre au Pays basque parce qu’il pensait qu’en France, lui et sa famille seraient toujours en sécurité." Federico et Maria, tous deux binationaux, avaient eu un coup de foudre pour la belle Euskadi et décidé d'y construire leur vie. Depuis la mort de son mari, Maria a repris l’activité d’Esprit Basque. Là encore, Lièvremont raconte les traces laissées chez les enfants : "Je les ai vus pleurer quand elle devait partir à Paris pour le travail. À leurs yeux, aller là-bas, c’était encourir le danger de mourir."

Quesada : "Fede était joyeux, humain, généreux"

Après lui, Gonzalo Quesada, actuel sélectionneur de l’Italie et ancien coéquipier de Federico Martin Aramburu chez les Pumas, a été appelé à son tour à la barre. "Avec Fede, on est devenus très amis à partir de 2017. C’était quelqu’un de joyeux, humain, généreux. Il avait cette capacité à rassembler autour de lui, tout simplement parce qu’on se sentait bien à ses côtés. Si j’ai signé à Biarritz il y a quelques années, c’est aussi pour lui."

Gagné par l’émotion, l’ancien entraîneur du Stade français devait alors marquer une pause. Quesada insistait ensuite sur un trait qui lui paraît essentiel, au regard des circonstances de cette nuit du 19 mars. "J’ai fait beaucoup de soirées avec Fede : en Argentine, en Espagne, au Pays basque, rue de la Soif à Paris… Je ne l’ai jamais vu être mêlé à une bagarre ou quelque chose d’approchant. J’ai des amis qui ont l’alcool mauvais. Ce n’était pas son cas." Il racontait le moment où la nouvelle l’a rattrapé. "Le lendemain des faits, au Stade français, un joueur parisien est venu me voir en me disant : “Tu as vu ? Fede est mort !” J’ai confirmé l’information auprès d’amis biarrots. J’étais anéanti."