J’ai testé cet étrange gadget qui analyse mon sommeil… sans que je n'aie rien à porter au lit
Publié le 15/08/26 à 07h00
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J’ai testé pendant un mois le Sleepal, une lampe de chevet capable d’analyser votre sommeil sans montre, bague ou bracelet connecté. Précision, richesse des données, confort d’utilisation : voici ce que vaut cet étonnant assistant nocturne.
© Les Numériques - La lampe Sleepal AI
Les montres, bracelets et bagues connectées nous promettent depuis plusieurs années d'analyser nos nuits pour nous permettre de mieux comprendre notre éventuelle fatigue au réveil, et de trouver des solutions pour mieux dormir au besoin. Le problème de ces gadgets tech, c’est qu’il faut les porter en dormant, que ce n’est pas forcément très agréable et que leur précision est parfois relative. De plus, à titre personnel, je n’ai pas de montre et je ne compte pas en porter de si tôt… En me baladant sur Kickstarter – plateforme de financement participatif bien connue des geeks qui nous promet des merveilles technologiques à des tarifs défiant toute concurrence, et de belles dépenses pas toujours très utiles –, je suis tombé sur une foule de gadgets dédiés au sommeil.
Le marché – comme tout le marché de la santé connectée – semble être en ébullition et un nouvel eldorado pour les start-up. Je me suis arrêté sur un gadget en particulier, aperçu au CES de Las Vegas et dont les promesses, comme le sérieux, me sont apparues plutôt convaincantes. Ce gadget, c’est la Sleepal (jeu de mots qui signifie « compagnon de sommeil » en bon français), une lampe de chevet qui analyse le sommeil sans qu’il soit nécessaire de porter le moindre objet sur soi. Je l’ai testé pendant un peu plus d’un mois et je vais vous expliquer comment fonctionne cette magie noire et vous donner mon ressenti sur le produit et les données qu'il propose après chaque nuit.
Notez que la campagne Kickstarter du Sleepal est terminée et qu'il n'est pas encore officiellement vendu sur le marché, il faudra donc patienter un peu si le produit vous intéresse.
L'appareil "scanne" le corps à l'aide de ses micro-ondes.
© Sleepal
Pour parvenir à analyser votre corps et votre sommeil, l’appareil s’appuie principalement sur un radar à ondes millimétriques de 60 GHz, capable de détecter les mouvements et certains signaux physiologiques à distance. Des capteurs acoustiques, thermiques et environnementaux complètent le dispositif. Le Sleepal veut ainsi mesurer les horaires d’endormissement et de réveil, les différentes phases du sommeil, la fréquence cardiaque, la variabilité de la fréquence cardiaque, le rythme respiratoire, les mouvements nocturnes, la position adoptée pendant notre nuit ou encore les ronflements.
L’application ajoute des informations sur l’environnement de la chambre, comme la température, l’humidité, la luminosité ambiante ou encore le niveau sonore. Toutes ces données sont ensuite regroupées sous la forme de graphiques, de tendances et d’un score censé résumer la qualité de la nuit. Le constructeur promet également des recommandations personnalisées pour identifier les éléments susceptibles de perturber le sommeil.
Le Sleepal reste parallèlement une lampe de chevet connectée, qu’il ne faudra pas confondre avec sa gourde vu son design assez particulier. Il peut donc servir à lire tranquillement le soir avant de dormir, mais aussi de simulateur d’aube pour se réveiller en douceur avec une lumière faible dont la puissance augmente jusqu’à votre heure de réveil. Un petit haut-parleur y est intégré pour servir également de réveil classique ou diffuser des musiques et des ambiances apaisantes pour accompagner l’endormissement. Sa compatibilité Matter lui permet enfin de s’intégrer à votre environnement domotique au besoin.
© Les Numériques
Sur le papier, le concept apparaît donc intéressant. Contrairement à une montre ou à une bague, le Sleepal n’est pas invasif, il n’y a rien à porter au poignet, rien à recharger quotidiennement, et aucun risque d’oublier de lancer le suivi. Une fois installé près de votre lit, le Sleepal travaille chaque nuit en toute transparence en vous laissant tranquille.
Quid des données ?
Avant que vous ne posiez la question, la lampe ne possède pas de caméra et personne ne devrait donc vous observer pendant votre sommeil. Deuxièmement, elle fonctionne également si vous êtes deux dans votre lit (à plus de deux, on ne sait pas, cela dit…). Le fabricant assure que les signaux ne sont pas perturbés par la présence d’une autre personne à vos côtés, même si l'analyse des ronflements doit nécessairement être impactée.
Il est également possible de désactiver le micro grâce à un commutateur situé sur la lampe, mais cela bloquera bien sûr la captation des ronflements. Aussi, il semble relativement aisé de supprimer toutes ses données personnelles et de santé en un clic dans l'application, sans avoir besoin de contacter un service client obscure par mail, un élément que j'ai trouvé appréciable.
On peut supprimer ses données en quelques clics.
Un mois de suivi plutôt convaincant
J’ai utilisé le Sleepal AI Lamp pendant environ un mois jusqu’ici. Sur les données les plus faciles à vérifier, le produit a semblé plutôt bien fonctionner. Les heures de coucher et de lever relevées par l’appareil sont ultraprécises. Le Sleepal a correctement détecté le moment où je me suis endormi chaque nuit, même en restant allongé un certain temps avec ma liseuse ou mon smartphone dans les mains.
Même constat pour la position de sommeil. Je dors systématiquement sur le côté et l’application a bien identifié cette habitude. Je pensais très peu bouger pendant la nuit, et le Sleepal a confirmé que j’étais une véritable statue avec à peine quelques minutes passées sur le dos chaque nuit. Ces résultats ne suffisent évidemment pas à valider toutes les mesures réalisées par l’appareil, mais ils montrent que le radar semble correctement interpréter les mouvements les plus importants. En revanche, j'ai tout de même remarqué que l'application notait beaucoup de très courtes phases d'éveil durant la nuit, hors je ne pense pas me réveiller autant. Deux hypothèses : soit je me réveille effectivement régulièrement pour 1 min ou 2, soit l'IA de Sleepal interprête à tort certains signaux comme des réveils. Je reviendrai plus bas sur la précision des différentes phases de sommeil.
L’absence d’accessoire à porter constitue en tout cas le principal intérêt du Sleepal. Une montre peut devenir gênante pendant la nuit, tandis qu’une bague connectée impose de penser à sa recharge et de supporter un objet autour du doigt. Ici, le suivi se déclenche sans intervention particulière. Cette simplicité rend le produit bien plus facile à utiliser sur plusieurs semaines, ce qui est justement nécessaire pour repérer des tendances plutôt que de tirer des conclusions à partir d’une seule nuit.
Beaucoup de données, mais pas forcément utiles à tout le monde
Le Sleepal fournit une quantité impressionnante d’informations. Durée totale du sommeil, interruptions, régularité des horaires, respiration, fréquence cardiaque, variabilité cardiaque, position, ronflements ou conditions dans la chambre : il est facile de passer plusieurs minutes chaque matin à examiner les différents graphiques.
Cette richesse pourra présenter un réel intérêt pour les sportifs cherchant à mieux comprendre et optimiser leur récupération notamment, mais aussi pour les personnes souffrant de fatigue ou de problèmes de sommeil. Un suivi prolongé peut faire apparaître certaines (mauvaises) habitudes, comme des horaires trop irréguliers, une chambre trop chaude, une respiration perturbée ou de nombreux réveils nocturnes.
Le score de sommeil et de respiration donnés par l'application.
© Les Numériques
Le Sleepal ne remplace naturellement pas un diagnostic médical. Il peut néanmoins attirer l’attention sur un phénomène que l’on ne soupçonnait pas (je vous entends ronfler d’ici) et inciter à consulter un professionnel. Quand on dort, surtout seul, on ne se rend pas forcément compte qu’on ronfle beaucoup, qu’on respire mal, ou qu’on se réveille souvent la nuit. Les données peuvent ainsi permettre de se rendre compte de certains problèmes et de tester différentes solutions pour y remédier. On pourra ainsi avancer son heure de coucher, modifier certaines habitudes avant de dormir (le doom scroll sur son smartphone n'est pas conseillé messieurs dames), ou tenter de moins dormir sur le dos si on a des difficultés à respirer par exemple.
Pour une personne dormant déjà correctement et se réveillant en forme, l’intérêt apparaît en revanche beaucoup plus limité. Une fois passée la curiosité des premières semaines, consulter quotidiennement son score et ses graphiques risque de ne pas apporter grand-chose à l’utilisateur. À titre personnel, mes datas semblent plutôt bonnes : mes scores de sommeil et de respiration sont excellents, je ne dors jamais sur le dos et je ne ronfle que rarement. Ai-je donc réellement besoin d’un assistant nocturne ?
Le Sleepal relève des données assez variées, sans aucun contact.
© Les Numériques
Le Sleepal m’a toutefois permis de me rendre compte que je dormais moins que je ne le pensais et sans doute pas assez en semaine (trop de nuits avec moins de 7 h de sommeil…). Honnêtement, je le savais, mais avoir un rapport régulier, avec des statistiques chiffrées, permet de plus facilement prendre conscience de certaines choses.
Comme pour tous les gadgets qui surveillent notre santé, je pense qu’il faut toutefois faire attention à ne pas tomber dans une surveillance et une paranoïa excessive. À force de chercher à tout optimiser, ce type d’objet pourrait même finir par générer des inquiétudes qui n’existaient pas auparavant chez certaines personnes. Se retrouver à 1 h du matin en train de lire des articles sur Doctissimo sur l’apnée du sommeil, les extrasystoles et le cancer de la prostate parce que sa montre connectée nous dit qu’on est pas en super forme bon…
La précision des phases de sommeil, l’épineuse question
Ma principale interrogation concerne la précision des phases de sommeil. Les périodes de sommeil léger, de sommeil profond ou de sommeil paradoxal (ou REM pour Rapid Eye Movement) affichées dans l’application correspondent-elles réellement à ce qui s’est produit pendant la nuit ? Je n’ai aucun moyen de le vérifier, en tout cas, sans matériel médical dédié.
Une polysomnographie reste la méthode de référence pour analyser précisément le sommeil. Elle mesure notamment l’activité cérébrale, les mouvements oculaires, l’activité musculaire, la respiration et différents paramètres cardiovasculaires. L’intelligence artificielle de Sleepal, entraînée pour analyser les cycles de sommeil, compile pour sa part des données sur le rythme de la respiration, les mouvements du corps et du thorax pour en déduire les phases de sommeil.
Les phases de sommeil relevées par le Sleepal.
© Les Numériques
Sleepal met en avant une étude portant sur près de 1 000 enregistrements nocturnes réalisés parallèlement à une polysomnographie sur des hommes et des femmes. L’IA de Sleepal aurait obtenu une précision de 92,8 % pour distinguer le sommeil de l’éveil. La classification entre éveil, sommeil léger, sommeil profond et sommeil paradoxal atteindrait 78,5 % chez les personnes en bonne santé. Les résultats descendent légèrement à 77,2 % sur une population incluant des personnes souffrant d’apnée obstructive du sommeil.
Cette étude apparaît sérieuse, mais elle a été financée par le fabricant du Sleepal et elle est donc à prendre avec des pincettes, bien que certains chercheurs universitaires aient participé à l’étude, dont Thomas Penzel, président de la World Sleep Society. Difficile de connaître le niveau d'implication de ces chercheurs cela dit.
Ces chiffres apparaissent en tout cas encourageants, d’autant qu’ils démontrent une efficacité légèrement supérieure à celle de l’Apple Watch ou de l’Oura Ring notamment, mais ils ne signifient pas que chaque phase affichée dans l’application est exacte à la minute près. L’étude reconnaît elle-même une difficulté à distinguer certains états physiologiquement proches, comme une période d’éveil calme et un sommeil léger par exemple.
Des fonctionnalités bonus dont je me suis finalement peu servi
Le Sleepal ne se contente pas de suivre le sommeil : comme je vous le disais plus haut, il peut aussi aider à mieux s’endormir et à se réveiller plus progressivement. Dans les faits, j’ai très peu utilisé ces fonctionnalités.
Le mode simulateur d’aube peut progressivement éclairer la chambre avant l’heure du réveil. L’idée est intéressante, d’autant que ce type de réveil est réputé plus sain et plus naturel qu’un réveil sonore qui vous réveille en sursaut, mais la luminosité minimale m’a semblé beaucoup trop élevée. Même réglée à 1 %, la lampe éclaire un peu trop fort et on se prend la lumière en pleine face, ce qui n’est pas très agréable. Mes ampoules Philips Hue sont par exemple bien plus douces à faible niveau.
Le bouton permet de gérer la luminosité de la lampe.
Le Sleepal peut également faire office de réveil musical ou diffuser des sons apaisants au moment du coucher. Ces fonctions pourront séduire certains utilisateurs sensibles aux bruits de pluie, de feu de camp et autre bruit rose, ou aux exercices de relaxation. Elles m’ont cependant semblé plus accessoires que le suivi sans contact du Sleepal, qui reste la véritable raison d’être du produit.
Son principal défaut, l'abonnement
Le principal problème de ce gadget à mon sens, c’est son abonnement ! Trois ans d’abonnement ont été offerts aux utilisateurs qui ont précommandé le Sleepal, certes, mais pour les autres, il faudra payer environ 5 € par mois pour en profiter entièrement. Eh oui, c’était trop beau pour être vrai, mais si la lampe offre des fonctionnalités gratuites, comme les scores de sommeil et de respiration, l'analyse de la fréquence cardiaque, ou les fonctions de lampe et de réveil, il faudra s’acquitter d’un abonnement mensuel ou annuel pour obtenir les rapports détaillés de sommeil avec analyse des différentes phases, ou la détection des ronflements notamment.
Dommage, d’autant que le produit est vendu 300 $ (environ 260 €) sur Kickstarter tout de même et que son tarif officiel une fois disponible sur le marché devrait être supérieur. Il faut toutefois relativiser le prix de cet abonnement qui n’est pas non plus exorbitant et finalement assez aligné avec les autres propositions qu’on peut trouver actuellement. L’abonnement de l’Oura Ring s’affiche à un tarif similaire par exemple.
Un concept prometteur que nous allons tenter de comparer avec d’autres outils
Après un mois d’utilisation, le Sleepal AI Lamp m’a laissé une impression globalement positive. Le suivi s’est montré efficace, et son fonctionnement sans contact constitue un véritable avantage face aux montres, bracelets et bagues connectées qui peuvent être gênante à porter en dormant.
La question de la précision des données offertes par le Sleepal et des différentes phases de sommeil analysées demeure toutefois. Pour aller plus loin, je compte comparer le Sleepal à plusieurs objets connectés, notamment une montre, un bracelet, éventuellement une bague et surtout effectuer une polysomnographie. L’objectif sera de vérifier si ces gadgets offrent des analyses similaires et surtout fiables face à un examen médical.
Rendez-vous prochainement pour une analyse détaillée !
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