À toute vitesse (série d’été) : « le jour où j’ai glissé fond de balle dans Peugeot 205 Turbo 16 de Bruno Saby »
En ce début janvier 1985, le massif de la Chartreuse s’est figé sous l’effet d’une vague de froid. Forêts, routes, maisons et bitume sont enveloppés dans un imposant linceul blanc.
Sur ce théâtre givré, un drôle de ballet s’organise. D’un côté, les teams officiels enchaînent les reconnaissances méthodiques en vue du prochain Rallye de Monte Carlo, dont la ES 12 (44 km) emprunte les routes sinueuses des cols de Porte, du Cucheron et du Granier. De l’autre une foule de pilotes d’opérettes se piquent de jouer aux rois de la glisse entre les passages des Finlandais volants (Vatanen, Toivonen, Salonen).
Le rituel des "pilotes du dimanche"
C'est "Danse avec les stars" avant l'heure. L’occasion est trop belle pour la jeunesse locale d’observer les pros en action, tout en s’offrant une bonne dose de sensations à bord de R5, Alfasud, Fiesta, poussées dans leurs derniers retranchements.
En habitué du tracé, je décidais d’avaler les 4,7 km de descente sur le toboggan reliant le Col de Porte au Village du Sappey-en-Chartreuse, au volant d'une Toyota Corolla Gt Twin Cam 16 (AE82). Un parcours fait et refait maintes fois -les copains se reconnaîtront- ponctué de douze virages remarquables et parfois piégeux.
La petite traction (121 ch pour 950 kg) au bloc pointu et à l’équilibre désarmant avait en elle tous les atouts pour se jouer de la petite route de montagne. Avec 4 pneus neige (Michelin X M+S) ça devrait le faire.
Qui a dit que les freins çà sert à rien ?
Cela débute par une plongée de 2,5 km sous la frondaison des arbres, jalonnée d’une ligne quasi droite et de 6 courbes modérées avant d’atteindre une épingle à cheveux sur la gauche. Une large courbe à droite marque ensuite le carrefour du col de Palaquit, avant d'enchaîner sur la partie basse par quatre virages, expirant sur une ultime grande courbe gauche, juste avant l’entrée du Sappey.
En raison du profil et de la météo, les vitesses atteintes sont loin d’être stratosphériques. Certes les 110 km/h sont parfois mangés en ligne droite, mais pour un court instant. Tout le monde est capable d’aller vite en ligne droite. Il est plus difficile de prendre un virage rapidement. Voire, dans le cas présent de le prendre tout court.
La vitesse d’une toupie
Prise d’une crise de fading (évanouissement des freins) la pédale centrale de la Toyota refuse obstinément de répondre à mes sollicitations. Oups ! Après quelques pompages une amorce se fait sentir. Pas le temps de comprendre, la voiture est déjà en tête à queue façon toupie. Un petit tour au moment où une Peugeot 205 Turbo 16 pilotée par Bruno Saby déboule en dérive avalait le virage du Palaquit. En gentleman tranquille le pilote a remis son auto droite pour m’éviter et sans s’arrêter a continué son travail de reconnaissance.
Le plus surprenant dans cette histoire ça n’a pas été la vitesse de ma voiture au moment de la perte de contrôle, mais de la rapidité à laquelle j’en ai perdu la maîtrise. Et cela m’a servi de leçon en termes de distance de sécurité et d’anticipation. Même si depuis des toupies j'en ai fait encore plusieurs à l'insu de mon plein gré, surtout sur circuit. Quant à Bruno Saby, rencontré quelques années après, il affirme ne « pas se souvenir » de ce fait de route.