À son procès, l'arbitre de L1 conteste avec fermeté les accusations de violences conjugales sur son ex-compagne
Elle l'accuse de l'avoir attrapée par le cou, un soir de mars dernier, dans le jardin puis à l'intérieur du domicile conjugal. Il l'aurait ensuite tirée par les cheveux et les bras pour l'empêcher de partir. Un vendredi 13 un peu plus infernal encore que les autres. Un soir de plus de ces disputes qui n'en finissent pas. Elle n'a pas obtenu d'incapacité totale ou temporaire de travail (ITT) pour ces faits. Deux mois plus tard, le 13 mai, il l'aurait attrapée par l'épaule avant de la plaquer contre un mur. Elle a eu peur de mourir, dit-elle à la barre, en sanglots. Un psychanalyste lui a prescrit trois jours d'ITT.
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Il se défend de ces accusations avec fermeté. C'est elle qui l'aurait frappé. Le 13 mai ? Elle le pousse dans un escalier, affirme-t-il. Le 13 mars ? Elle lui adresse plusieurs coups de poing, des coups de pieds, et ce n'est pas la première fois, selon lui. Il se serait protégé, sans jamais la molester. Il a obtenu six jours d'ITT à la suite de cette altercation.
Abdelatif Kherradji est arbitre de Ligue 1 depuis deux ans, le rêve d'une vie. Ce vendredi après-midi, il a été jugé pour violences conjugales par le tribunal correctionnel de Nîmes. Le 19 août, quand le tribunal rendra son délibéré, sa carrière au plus haut niveau sera sans doute terminée s'il est condamné. Lors de ses réquisitions, la procureure de la République a requis dix-huit mois de prison avec sursis avec exécution provisoire et une obligation de soins.
Lors de l'audience qui s'est déroulée durant près de cinq heures, la profession du prévenu s'est immiscée tout au long des débats. Les avocats de l'accusé et de la partie civile en ont beaucoup joué, les uns sous-entendant qu'il se croyait surpuissant, les autres dressant le portrait d'un professionnel respecté de tous.
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« J'ai mis vingt-cinq ans à construire une carrière qui m'a amené au plus haut niveau. ça peut s'arrêter en un claquement de doigts. »
Abdelatif Kherradji
Chemise bleu clair, pantalon noir et chaussures impeccablement cirées, l'homme de quarante ans est arrivé à son procès extrêmement bien préparé, un peu trop, peut-être. Il semble parfois réciter une leçon bien apprise. « C'est quoi le plus important pour vous ?, lui demande l'un des avocats de la partie civile. Etre accusé de violences conjugales ou les conséquences de ce procès sur votre carrière ? »
Sans doute un peu des deux, mais peut-être un peu plus l'un que l'autre. « Depuis que l'article est sorti dans L'Équipe (le 18 juillet), je vis un véritable enfer, répond-t-il. Ma Fédération m'a convoqué pour, visiblement, un entretien préalable à une mise à pied à titre conservatoire. Etre ici, c'est une épreuve, je le vis extrêmement mal. J'ai mis vingt-cinq ans à construire une carrière qui m'a amené au plus haut niveau. Ça peut s'arrêter en un claquement de doigts. »
Tout cela pour rien, à écouter l'arbitre, qui a évolué dans l'élite au cours des deux dernières saisons. Il ressent, dit-il, « une profonde injustice ». « Je me dis qu'il y a une telle dissonance entre ce que j'ai vécu (lors de deux événements) et là où je suis aujourd'hui (...) J'ai l'impression d'être dans un cauchemar. Je n'ai jamais rien fait contre l'intégrité physique de madame M. »
Interrogé par le président du tribunal correctionnel, il affirme que son ancienne compagne, avocate de profession, ne cessait de le menacer « de ruiner (sa) carrière ». « Quand elle a décidé de quitter son mari pour se mettre avec moi, avec les conséquences que l'on peut imaginer pour elle et ses enfants, elle me l'avait déjà dit : ''je te préviens, si un jour tu me trompes, je ruinerai ta carrière. Qui va-t-on croire, à ton avis, entre la petite blonde avocate et moi ? Les prisons sont remplies d'innocents.'' »
« J'étais amoureuse. J'étais sous emprise, je croyais en ses promesses, il disait qu'il allait changer
La plaignante à propos de sa relation avec l'arbitre de L1 mis en cause
Sur le banc du tribunal correctionnel de Nîmes où elle est assise, la plaignante hoche la tête, consternée, parfois en pleurs, à l'écoute d'un narratif qui semble l'exaspérer. Ruiner ? « Ce mot n'est pas dans mon vocabulaire », réplique-t-elle. À l'écouter, elle a agi exactement à l'inverse. Durant des années, elle a voulu protéger son compagnon, lui, l'enfant des « Restos du coeur », cette association qui a permis au « petit Abdel » de se nourrir convenablement dans des moments plus difficiles encore que les autres pour sa maman, femme de ménage. Le père a disparu du paysage. Ils sont cinq enfants à la maison.
Elle a effacé nombre de SMS qui auraient prouvé tant de choses, dit-elle, et notamment ces violences répétées. Elle l'aimait. Alors longtemps, elle n'a rien dénoncé. Elle évoque également un rapport sexuel violent. « J'étais amoureuse, dit-elle, j'étais sous emprise, je croyais en ses promesses, il disait qu'il allait changer ». Et puis un jour, elle aurait ouvert les yeux. « Je ne voulais pas être la prochaine femme victime d'un décès ».
L'étrange mail de la mère de la plaignante
De son côté, elle reconnaît deux gifles, « peut-être trois », elle ne sait plus. Un jour, sa maman lui envoie un mail. « Attention à ce que Abdel ne se lasse pas de ta violence », écrit-elle à sa fille, le 10 mai 2023. Le courriel a été versé au dossier. « J'ai eu des relations très conflictuelles avec ma mère jusqu'à très récemment, se défend la plaignante à la barre. On était trois enfants, elle en a gardé deux. Pas moi. Elle m'a abandonnée. J'avais 14 ans. » Elle a vécu l'enfer, le papa trompé, les huissiers à la maison et cet abandon, dont on ne se remet sans doute jamais vraiment. Alors pour elle, ce mail n'a aucune valeur.
Deux des anciennes compagnes d'Abdelatif Kherradji ont affirmé qu'elles n'avaient jamais été victimes de violence de sa part. En apprenant la teneur des accusations dont il fait l'objet, la première s'est dite « très étonnée ». L'autre « sidérée ». Au lycée, en revanche, il a dix-huit ans et sa petite amie l'accuse de violences.
Ce vendredi, à Nîmes, s'est jouée l'une de ces histoires trop ordinaires dans un tribunal correctionnel en France. Une relation toxique entre deux adultes. Ils ont une situation confortable et cela ne protège jamais de rien. L'une est avocate, l'autre arbitre de football professionnel. Ils s'opposent sur tout mais ont un point commun : chacun d'entre eux a été marqué par des enfances impitoyables et des parcours de vie qui abîment. Ce fut une journée dont on ressort malmené face aux versions qui s'entrechoquent. Qui croire ? Que penser ? La justice tranchera.