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À Saint-Tropez, le Riva tient toujours la vedette

Un Aquariva Super, l’un des modèles les plus célèbres et les plus rapides de la marque. Coque en fibre de verre, bois d’acajou verni, chromes, cuir… un bijou de l’art nautique. À Saint-Tropez (Var), le 26 juin.

Un Aquariva Super, l’un des modèles les plus célèbres et les plus rapides de la marque. Coque en fibre de verre, bois d’acajou verni, chromes, cuir… un bijou de l’art nautique. À Saint-Tropez (Var), le 26 juin.

© Ilan Deutsch / Paris Match

Symbole de la dolce vita, ce prestigieux bateau a traversé le temps. En faisant escale à Saint-Tropez, la 16e édition du Riva Trophy a ravivé sa légende.

Il y a à Saint-Tropez un instant où le village de pêcheurs se change en aquarelle. La lumière glisse sur les façades ocre et rose, qui laissent tomber leurs couleurs dans l’eau du port. Chaque après-midi, le même spectacle. Ce vendredi 26 juin, les étraves d’une vingtaine de Riva sont venues fendre ce tableau avant de s’amarrer aux pontons. Les 22 bateaux ont quitté Monaco le matin même pour la 16e édition du Riva Trophy, une régate vers Saint-Tropez. Deux heures pour faire rugir les moteurs de ces formules 1 des mers aux coques d’acajou vernies et aux chromes étincelants, avant de profiter d’un déjeuner privé sur la plage de Pampelonne et de faire escale à Saint-Trop, pour la nuit. Cette année, pour cet événement réservé aux propriétaires de la marque italienne, le thème est un hommage aux « années BB ».

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Six mois après la disparition de Brigitte Bardot, le port de la célèbre station balnéaire est le lieu parfait pour un dernier au revoir à celle qui lui a donné son aura. Au crépuscule, sur la digue, un dîner de gala avec pour code vestimentaire « Riviera 1960 ». Toute la soirée, des spectacles vivants célèbrent l’icône, non loin de la Madrague, où BB amarrait son Riva. Elle l’avait baptisé « Nounours ». Et était loin d’être la seule à avoir ­succombé aux charmes de ce bijou flottant.​

Dès les années 1950, le canot d’acajou devient l’accessoire fétiche de la jet-set. Citons notamment ​Sophia Loren, Liz Taylor, Jeanne Moreau, Alain Delon en compagnie de Jane Fonda ou encore Jean-Paul Belmondo en famille. Gunter Sachs, millionnaire germano-suisse, mari de Bardot, promène ses amies sur un Aquarama baptisé « Dracula ». Et dans le sillage du prince Rainier et de son épouse, Grace, embarquent le roi Hassan II, le chah d’Iran ou John Fitzgerald Kennedy.

Tous les deux ans, le Riva Trophy réunit des dizaines de propriétaires de canots pour une croisière méditerranéenne. À Saint-Tropez, le 26 juin, pour la 16e édition.

Tous les deux ans, le Riva Trophy réunit des dizaines de propriétaires de canots pour une croisière méditerranéenne. À Saint-Tropez, le 26 juin, pour la 16e édition.

Paris Match / © Ilan Deutsch

En 1962, Carlo Riva sort son coup de génie, l’Aquarama, qui embarque les codes de l’automobile de luxe : moteur V8 sous le capot, cadrans chromés, pare-brise en Cinérama…

Ce bateau mythique est né dans un atelier minuscule du nord de l’Italie. En 1842, sur le lac d’Iseo, Pietro Riva réparait des barques de pêcheurs. Un siècle plus tard, grâce à l’héritage familial, son arrière-petit-fils Carlo comprend qu’un bateau peut devenir un objet de désir. Fini les immenses yachts à cabine : la philosophie de Riva est celle d’un runabout, une petite embarcation à moteur conçue pour des sorties à la journée et appréciée pour sa maniabilité, sa rapidité et son design épuré. Presque plus proche d’une Ferrari décapotable flottante que du bateau de plaisance. En 1962, Carlo Riva lance l’Aquarama, et c’est aussitôt un succès. Son coup de génie ? Avoir transposé sur l’eau les codes de la grande automobile de l’époque. Sous le capot, des V8 américains ­Cadillac et Chrysler, jusqu’à 700 chevaux dans les versions les plus ­nerveuses. Au poste de pilotage, des cadrans chromés et un long pare-brise enveloppant, emprunté au cinéma panoramique qui triomphe alors à l’époque, le Cinérama. Au ras de l’eau, l’Aquarama file à 80 km/h d’une crique à l’autre. De quoi séduire un public qui cherche moins un moyen de transport qu’un accessoire à exhiber.​

Mais la marque, évidemment, a dû changer avec son époque. Riva passe de main en main puis intègre en 2000 le groupe italien Ferretti, qui construit désormais des yachts de 30 mètres et davantage. Deux philosophies cohabitent alors sous le même pavillon, l’ancienne et la nouvelle génération.​

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Les célébrités, elles, n’ont pas déserté le ponton. Le 7 mai dernier, Charles Leclerc et son épouse, Alexandra Saint Mleux, assistaient à la mise à l’eau de leur nouveau joujou : un ­Corsaro Super de 102 pieds. Plus de 30 mètres, personnalisé et baptisé « Sedici », seize en italien, comme le numéro du pilote sur sa formule 1. Ce que vend le chantier italien a toujours été plus qu’un bateau : une signature.

Pour le second jour du Trophée, la flotte reprend possession du « vieux port » pour « un concours d’élégance ». Les uns après les autres, les Riva se présentent devant le jury, présidé par Lia Riva, l’une des trois filles de Carlo, aux côtés de laquelle Paris Match était invité à siéger. On ne juge pas seulement le bateau mais la manière d’interpréter le thème : les tenues, coiffures, accessoires, musique… Robes vichy, marinières, chapeaux de paille… Les équipages dansent, saluent, se déguisent, car à Saint-Tropez, le chic consiste parfois à savoir en faire trop.

Lia Riva, fille de Carlo. Elle est aujourd’hui à la tête du Monaco Boat Service, qui distribue les bateaux de l’enseigne.

Lia Riva, fille de Carlo. Elle est aujourd’hui à la tête du Monaco Boat Service, qui distribue les bateaux de l’enseigne.

Paris Match / © Ilan Deutsch

Un Riva, surtout lorsqu’il est ancien, demande des heures d’entretien. Rinçage complet, surveillance du bois… Un travail monacal

Une fois les applaudissements retombés, les coulisses réapparaissent. Aux pontons, les équipages et les employés du chantier se remettent au travail. Car derrière la dolce vita se cache une discipline presque monacale. Un Riva, surtout lorsqu’il est ancien, demande des heures d’entretien. Rinçage complet, surveillance du bois, des chromes et de la coque. Révision des moteurs et de l’électronique. À Saint-Tropez, cette tâche a désormais un gardien Brugière. Cet entrepreneur discret, plus habitué à redresser des sociétés cotées en difficulté, a repris en 2022 le Chantier naval de Beaulieu Villanova et, depuis 2025, représente Riva à Saint-Tropez. Ainsi, à leur arrivée au port, les propriétaires y trouvent une place privée et un service de maintenance.

Sur le quai s’étendent alors 1 000 mètres carrés de hangars un peu hors du temps, qui contrastent avec leur voisin, le restaurant L’Opéra et ses dîners festifs. Sur cet emplacement de choix, objet de nombreuses convoitises Brugière assure avoir donné « sa parole d’homme » à l’ancien propriétaire : ici, on continuera à réparer des bateaux.

Ce week-end, il navigue lui aussi. À la barre de son Aquariva, le visage rouge de soleil, il s’émerveille devant la côte, peste contre les « yachts énormes » et célèbre l’élégance italienne. Dans la baie, même les plus imposants Riva paraissent modestes face aux mastodontes qui dépassent parfois 100 mètres et défigurent le paysage. À bord, dans les enceintes de celui qui se définit comme « capitaliste de gauche », résonnent les meilleurs titres de Manu Chao, chantre officieux de l’altermondialisme.​

De retour au ponton, un autre contempteur du capitalisme. Assis sur le quai, Szilard scrute les navires, cigarette aux lèvres et canette de bière à la main. Ce Hongrois de 50 ans en paraît quinze de plus. Une rupture, des années d’errance et un passage par la prison en Hongrie, raconte-t-il, l’ont conduit jusqu’ici. Face aux coques vernies, il ne semble pourtant rien envier. « It’s beautiful, but I hate capitalism, I love liberty », lâche-t-il dans un éclat de rire. Sous ses yeux, les moteurs redémarrent. Un à un, les Riva quittent Saint-­Tropez, reprennent le chenal et mettent le cap sur Monaco. Les acajous disparaissent derrière la jetée. Le Riva Trophy, lui, ne reviendra que dans deux ans.