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À peine diplômés et déjà patrons : 57 % des jeunes envisagent désormais de créer ou reprendre une entreprise

Ils ont tout juste 23 ans et sont déjà chefs d’entreprise. Matthieu Louvet et Baptiste Ogée ont sauté le pas il y a un an, alors qu’ils étaient encore étudiants en école de commerce, Kedge pour le premier et Emlyon pour le second. Tout juste diplômé pour l’un et en dernière année pour l’autre, ils sont devenus les dirigeants de Plümme, marque de vêtements pour bébés qu’ils ont reprise. « À l’époque, on voyait nos camarades qui peinaient à décrocher un premier job, parfois un an après leur sortie d’école, raconte Matthieu Louvet. Cela nous a motivés à nous débrouiller nous-même. »

L’entrepreneuriat pour échapper au chômage ? Ils sont de plus en plus nombreux à y songer. Selon un récent sondage OpinionWay, 57 % des jeunes envisagent de créer ou reprendre une entreprise, contre seulement 41 % deux ans plus tôt. Et la part de ceux qui commencent leur vie professionnelle à leur compte a plus que doublé en vingt ans pour atteindre 7 %.

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Sur le terrain, la tendance est palpable. « Nous recevons de plus en plus de dossiers de projets d’entreprise portés par des moins de 30 ans », relève Patricia Lexcellent, déléguée générale d’Initiative France. Cette association accompagne environ 20 000 créateurs par an en les mettant en contact avec des dirigeants. « Quand j’ai démarré, ce qui m’a le plus manqué, ce sont des conseils de personnes qui s’étaient concrètement frottées à la création d’entreprise, témoigne Marie-Agnès Kowynia, directrice de maisons d’accueil pour personnes handicapées. L’aide d’un mentor et de son réseau fait vraiment la différence pour permettre à un jeune de réussir. »

« L’envie d’entreprendre s’est très largement diffusée, mais… »

L’accès à un prêt bancaire ou à des fonds pour se lancer est une autre étape délicate. « Le financement est l’un des freins majeurs pour les jeunes, confirme Lucien Barbier, le responsable des relations institutionnelles de l’Adie, une association spécialisée dans le microcrédit aux créateurs d’entreprise. Car si fonder une microentreprise est simple et gratuit d’un point de vue administratif, il faut généralement avancer de la trésorerie pour amorcer concrètement l’activité. » Et les dispositifs d’aide existants restent encore largement méconnus. Exemple : instauré en 2014, le statut d’étudiant-entrepreneur ne touche pour l’instant que 6 721 bénéficiaires sur un total pouvant aller jusqu’à… 3 millions.

Résultat, ce sont souvent les descendants des familles les plus riches ou les enfants d’entrepreneurs qui ont le plus de chance d’aller au bout de leur projet. « Les jeunes à leur compte sont plus souvent issus de familles favorisées, souligne une étude de l’Insee. 41 % d’entre eux ont au moins l’un de leurs parents dont l’emploi relève du niveau supérieur. »

À l’inverse, 93 % des jeunes des quartiers pauvres assurent que les aides à la création d’entreprise ne leur sont pas accessibles, d’après OpinionWay. « L’envie d’entreprendre s’est très largement diffusée, reconnaît Patrick Martin, le président du Medef. Mais la probabilité d’en faire une activité durable continue, elle, de dépendre du capital de départ et du réseau familial dont on dispose, ou pas. »

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Et pour ne pas partir de zéro, il y a l’option de la reprise d’entreprise. Dans les dix prochaines années, pas moins de 500 000 sociétés devront changer de main en raison de l’âge de leur dirigeant. Une opportunité qu’a saisie Laura Lecluse, 22 ans. Après sa formation, cette socioesthéticienne cherchait un emploi salarié, jusqu’à ce qu’elle tombe sur une annonce de cession d’un cabinet. Grâce à un apport personnel et plusieurs prêts, elle est parvenue à le racheter pour 40 000 euros. « Dès la première semaine de travail, j’ai eu un emploi du temps complet », se réjouit celle qui se verse tout juste 1 300 euros par mois, afin de « garder au moins trois mois de trésorerie ». Entreprenante et prévoyante.