À Monaco, Monarègles veut faire tomber le tabou autour des protections menstruelles… et entrer dans tous les toilettes
Dans les toilettes, la présence de papier et de savon semble évidente. Pour les protections périodiques, beaucoup moins. C’est précisément cette différence que l’initiative Monarègles entend faire disparaître, ou en tout cas réduire, à Monaco.
Porté par l’association SheCanHeCan, le programme poursuit son déploiement en Principauté avec une idée simple : permettre aux personnes qui en ont besoin de trouver gratuitement des serviettes ou des tampons grâce notamment à des distributeurs automatiques, sans avoir à les réclamer.
« Les femmes ne font pas le choix d’avoir leurs règles, c’est un besoin essentiel, résume Vibeke Brask Thomsen, fondatrice et directrice de SheCanHeCan. Le savon et le papier toilette sont proposés gratuitement dans les espaces publics, pourquoi ce ne serait pas le cas pour les protections périodiques ? ».
Créée à Monaco en 2011, l’association SheCanHeCan agit plus largement en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes et contre les stéréotypes de genre. Monarègles, l’un de ses projets, trouve son origine dans le Red Box Project, lancé au Royaume-Uni pour améliorer l’accès aux protections périodiques et lutter contre les inégalités menstruelles.
L’initiative monégasque a débuté en 2019 avant d’être rebaptisée Monarègles en 2022, et d’élargir progressivement son champ d’action.
« Soulager une charge mentale »
Le programme a d’abord investi les établissements scolaires. Selon SheCanHeCan, plusieurs écoles de la Principauté proposent aujourd’hui des protections périodiques gratuites à leurs élèves, parmi lesquelles l’ISM, FANB, le collège Charles-III et le lycée Albert-Ier. Des ateliers de sensibilisation sont également organisés auprès des élèves.
« Il y a bien sûr la question de la précarité menstruelle, mais aussi celle de l’inégalité menstruelle, explique Vibeke Brask Thomsen. Pour une jeune fille ou une femme, il faut constamment penser à avoir ce qu’il faut sur soi. L’objectif est aussi de soulager cette charge mentale et de la rendre visible. »
Chaque année, l’association intervient notamment auprès des classes de 5e. Les règles, les changements liés à la puberté et les nombreux tabous qui les entourent sont abordés avec les jeunes. Les garçons sont aussi concernés. « Certains reconnaissent n’y avoir jamais pensé. Mais à l’inverse, personne ne leur en avait jamais parlé. Le but n’est pas de désigner des coupables à cette situation mais plutôt d’encourager une discussion ouverte », détaille la fondatrice de l’association.
Le projet s’est également étendu au monde professionnel avec des partenaires comme le Centre hospitalier Princesse-Grace ou l’hôtel Columbus. Là encore, le principe est de mettre les protections à disposition des salariés ou des patients, sans avoir à effectuer une démarche particulière.
Sept sites municipaux équipés
Dernière étape en date : les lieux publics. Au printemps dernier, grâce notamment à un financement reçu en 2025, Monarègles a pu accompagner l’installation de distributeurs de protections périodiques gratuites dans plusieurs équipements de la mairie de Monaco. L’espace Léo-Ferré, la patinoire, la piscine ou encore la médiathèque font partie des sites concernés.
Photo mairie de Monaco
L’opération est encore récente et il faudra plusieurs mois pour en mesurer précisément l’utilisation. Mais pour Vibeke Brask Thomsen, l’expérience menée ailleurs montre que les craintes parfois exprimées autour d’une consommation excessive ne doivent pas freiner le déploiement du dispositif. « Au début, les personnes peuvent avoir tendance à en prendre davantage parce qu’elles découvrent que c’est disponible. Puis, lorsqu’elles savent que les protections sont toujours là, la consommation se stabilise », explique-t-elle.
Et si certaines en emportent davantage que nécessaire ? « S’il n’y a plus de protections, c’est surtout qu’il y en avait un besoin. Même si une femme en prend pour sa fille ou sa sœur, cela signifie que nous répondons à un besoin concret », affirme la fondatrice de SheCanHeCan.
Monarègles entend désormais poursuivre son implantation. L’association aimerait notamment voir davantage d’institutions et d’entreprises rejoindre le programme. Car, au-delà des distributeurs, le combat reste culturel. « C’est un changement sociétal qui prend du temps. Mais plus ces protections seront visibles, plus elles deviendront normales », estime-t-elle.
Une normalisation que l’association souhaite aussi prolonger à travers ses autres actions. SheCanHeCan organisera ainsi le 9 octobre, au Conseil national, une nouvelle Journée internationale de la fille, tandis qu’un événement autour de la lutte contre les violences faites aux femmes est prévu en novembre.