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À la suite des attentats du 11 septembre 2001, les méchants dans les films sont devenus arabo-musulmans

Le 11 septembre 2001 a marqué un tournant dans l'Histoire du monde. Il y a 25 ans, des terroristes étaient parvenus à détourner des avions de ligne pour les encastrer dans les tours jumelles du World Trade Center à Manhattan (New York) et dans les bâtiments du Pentagone, en Virginie.

Ces attentats ont marqué une rupture en Occident, transformant le terrorisme en menace concrète auprès de populations qui se pensaient en sécurité. Ces attaques ont inévitablement influencé la production cinématographique et télévisuelle, notamment en érigeant un nouveau méchant : l'arabo-musulman.

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Une première phase de censure a suivi dans le cinéma après le 11 septembre

Les attentats qui ont frappé les tours jumelles de New York et le Pentagone le 11 septembre 2001 ont eu un impact immédiat sur les fictions, avec une "première phase de censure", retrace Sarah Sepulchre, professeure à l'UCLouvain et spécialiste des séries.

Ainsi, un avion devait exploser dans la série "24 heures chrono", dont la sortie était prévue peu après les attaques. "Cette séquence n'a jamais été diffusée" et la diffusion de la série a "été retardée de plus d'un mois". D'autres films ont également été retardés, notamment "Gangs of New York" de Martin Scorsese ou "Dommage collatéral" d'Andrew Davis. Il existait "une crainte d'aborder ces sujets".

Le 11 septembre en 11 vidéos

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Une fois que les scénaristes ont accusé le coup de ces attaques, ils s'en sont inspirés pour raconter leurs histoires. Assez vite, le méchant dans les séries se transforme. "Dans les séries notamment policières, beaucoup de criminels sont devenus arabes. Un peu comme l'utilisation du Russe dans les années 1960-1970 dans les séries d'espionnage ou dans les James Bond", illustre Sarah Sepulchre. "On enquête aussi sur des attaques terroristes potentielles, ce qui n'existait pas auparavant."

"Le 11 septembre a changé le terrorisme, l'ampleur de la menace et la manière dont on considérait cette menace. Ces attentats ont rebattu les cartes sur l'identité des méchants et ont mis le terrorisme sur la table", souligne la professeure de l'UCLouvain.

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Cela a alimenté "la peur à l'égard des Arabes vivant sur le sol américain"

Par après, cette figure du "méchant" est nuancée, "avec des arabo-musulmans suspectés, mais où l'on se rend compte à la fin de l'épisode" qu'ils n'avaient pas commis les crimes dont on les accusait. "C'est un peu comme s'il y avait eu un besoin d'exorciser de la part des scénaristes et puis finalement une nuance, ils se sont dit que c'était peut-être radical".

Cependant, cette nuance peut s'avérer contre-productive : le personnage arabo-musulman reste présenté, pendant la majeure partie de l'intrigue, comme l'ennemi. L'historienne Olivia Brender a analysé l'impact du 11 septembre dans les séries télévisées américaines entre 2001 et 2003. Elle relève que cette manière de procéder "participa insidieusement à alimenter la peur à l'égard des Arabes vivant sur le sol américain".

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Les séries télé s'intéressent à la menace intérieure

"Que va retenir le téléspectateur des 45 minutes de l'épisode qu'il vient de regarder ? Les 40 minutes où le personnage arabe est suspect ou les 5 dernières minutes où il est blanchi ?", interroge Sarah Sepulchre. L'intrigue repose entièrement sur "la méfiance spontanée supposée être celle du spectateur à l'égard du personnage présenté comme du 'Moyen-Orient'", ce qui alimente ce préjugé, estime Olivia Brender dans sa recherche.

Autre évolution : la nouvelle menace vient de l'intérieur. Les séries "commencent à interroger le terrorisme et les cellules dormantes, cela devient un champ imaginaire", poursuit Sarah Sepulchre. L'invasion de l'Irak va également influencer les séries, qui abordent cette guerre et en questionnent l'utilité. "Les séries ont cette capacité de faire débat et d'interroger ce qu'il se passe", abonde Mme Sepulchre.

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"'La Servante écarlate'" se situe dans l'héritage du 11 septembre"

Les productions cinématographiques et télévisuelles "réutilisent le réel" et donnent des indices sur la manière dont les sociétés évoluent. Les films d'horreur, par exemple, "capitalisent sur nos peurs. Ils ont toujours été le lieu pour interroger nos peurs et révèlent ainsi beaucoup de la société. Dans les séries d'horreur, beaucoup de zombies ont fait leur apparition. Or, le zombie est un être humain qui se transforme en monstre : c'est l'ennemi intérieur", relève Mme Sepulchre.

Les attaques continuent d'influencer les productions 25 ans plus tard. "Plusieurs séries interrogent cette question de l'ennemi intérieur et de l'effondrement de nos démocraties. Une série comme 'La servante écarlate' ('Handmaid's tale'), dont le sujet est tout autre, se situe dans l'héritage du 11 septembre, qui a marqué la perte d'une sorte d'innocence et de naïveté que l'on vivait dans un monde en paix. Ça nous a soudain sauté aux yeux que ce n'était pas le cas, comme dans la série où on ne dit rien jusqu'à ce qu'il soit trop tard", avance la professeure.

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Désormais, "les cartes sont rebattues avec la Russie, estime Sarah Sepulchre. Il sera intéressant de voir comment les séries vont intégrer ce retour de la Guerre froide, mais aussi l'autoritarisme aux États-Unis, ainsi que la possibilité réelle d'une guerre en Europe".