SEM: 80,5 % des requérants d'asile du Maghreb sont mis en cause pour une infraction
Publié20. août 2026, 13:57
Statistiques fédérales80% des requérants maghrébins mis en cause pour une infraction
Pour la première fois, des statistiques fédérales internes révèlent la fréquence des démêlés avec la justice parmi les demandeurs d'asile originaires d'Afrique du Nord.



Une analyse interne du Secrétariat d'État aux migrations (SEM), obtenue par «Blick», révèle pour la première fois l'ampleur des démêlés avec la justice parmi les demandeurs d'asile originaires des pays du Maghreb. Selon ces données, en 2024, 80,5% des demandeurs d'asile nord-africains ont été mis en cause pour une ou plusieurs infractions pénales au cours de leur procédure d'asile ou après une décision négative.
La différence avec les autres pays d'origine est considérable: parmi les demandeurs d'asile originaires de tous les autres pays, la proportion de personnes mises en cause s'élève à 12,3%. Les ressortissants d'Algérie, du Maroc et de Tunisie se distinguent particulièrement dans ces statistiques.
«La grande majorité se comporte correctement»
Le SEM souligne toutefois que la situation est très différente lorsqu'on considère l'ensemble du domaine de l'asile. «La grande majorité des demandeurs d'asile se comportent correctement», insiste son porte-parole Daniel Bach. En 2025, 96% de la population relevant du domaine de l'asile n'a été mise en cause pour aucune infraction.
L'analyse, qui se fonde sur des données de l'Office fédéral de la statistique (OFS), fait apparaître d'importantes différences selon les catégories de population. Selon «Blick», 0,6% de la population suisse a été mise en cause pour une infraction, contre 1% de la population étrangère résidente permanente. La proportion atteint 1,9% chez les Ukrainiens bénéficiant du statut de protection S et 3,8% chez les personnes admises à titre provisoire. Ce dernier taux est plus de six fois supérieur à celui observé dans la population suisse, mais reste très loin de celui enregistré chez les demandeurs d'asile originaires d'Algérie, du Maroc et de Tunisie.
99% des demandes rejetées
Les chances d'obtenir l'asile en Suisse pour les ressortissants ces pays d'Afrique du Nord sont extrêmement faibles. Selon le SEM, 99% de leurs demandes sont rejetées.
Face à cette situation, la Confédération a introduit en 2024 une procédure accélérée dite «de 24 heures» pour les demandeurs d'asile originaires des pays du Maghreb. L'objectif est notamment de traiter plus rapidement les demandes ayant de très faibles chances d'aboutir. Les personnes concernées conservent toutefois la possibilité de faire recours, ce qui peut retarder leur renvoi.
De nombreux demandeurs entravent la procédure
De nombreux demandeurs entravent par ailleurs la procédure accélérée: ils refusent de fournir leurs empreintes digitales, ne se présentent pas aux rendez-vous ou quittent rapidement la Suisse. Dans ces cas, leur demande peut être classée sans formalités.
La procédure accélérée vise aussi à empêcher une pratique constatée auparavant: certaines personnes déposaient une demande dans un centre fédéral pour requérants d'asile, puis poursuivaient leur voyage avant même que leurs empreintes digitales ne soient relevées. Elles pouvaient ainsi bénéficier à plusieurs reprises d'un hébergement et de nourriture sans aller au bout de la procédure ni risquer un renvoi rapide.
Avec le nouveau dispositif, les personnes sont enregistrées beaucoup plus rapidement et, dans de nombreux cas, font rapidement l'objet d'une décision de renvoi.
«Les criminels doivent quitter la Suisse rapidement»
«Les criminels doivent quitter la Suisse rapidement. C'est une priorité de la stratégie d'asile», affirme Daniel Bach.
La Confédération travaille donc avec les cantons à la mise en œuvre de mesures supplémentaires. Une cellule commune planche notamment sur un recours systématique aux mesures de contrainte à l'encontre des auteurs d'infractions à répétition. Des règles plus strictes en matière de détention administrative sont également en préparation.
La Confédération veut parallèlement accélérer les renvois. Selon le SEM, la coopération avec les États du Maghreb fonctionne désormais bien. Un accord a notamment été conclu récemment avec le Maroc afin d'accélérer l'identification des personnes devant quitter la Suisse et, par conséquent, leur renvoi.


Perrine Millet (pmi) est journaliste au sein de 20 Minutes depuis 2022, à la rubrique du pilotage web.
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