80% dépendent des crédits de l'État qui ont fondu de 40% en deux ans: les ONG françaises contraintes d'annuler des projets par centaines et de supprimer des milliers de postes
80% dépendent des crédits de l'État qui ont fondu de 40% en deux ans: les ONG françaises contraintes d'annuler des projets par centaines et de supprimer des milliers de postes
Publié aujourd'hui à 12h36
Lire dans l'appLes crédits alloués à la mission de l'aide publique au développement (APD) sont passés de 5,93 milliards d'euros dans la loi de finances 2024, à 3,57 milliards en 2026 (-39,8%). Et pour 2027, le gouvernement envisage une nouvelle baisse du budget de l'APD de 300 millions d'euros.
Conséquence des coupes budgétaires dans le secteur de l'aide publique au développement (APD), la situation financière des ONG françaises "est de plus en plus critique", alerte un réseau représentant 188 organisations de solidarité internationale. Huit mois après une première étude pour tenter de quantifier "les multiples impacts dévastateurs" du tarissement de l'APD depuis 2024 sur les organisations françaises, le réseau Coordination SUD publie une version actualisée.
Jusqu'en juin 2025, la majorité des projets annulés concernaient surtout "les bureaux à l'étranger", explique Martin Kemp, chargé de plaidoyer chez Coordination SUD. Désormais, les coupes menacent le "cœur de l'activité" des ONG françaises, leur capacité "à se projeter, à mener et à penser des projets", déplore-t-il.
Les crédits alloués à la mission d'APD ont baissé de 40% en deux ans
En 2025, l'APD a connu une "baisse historique" de 23,1%, dûe au décrochage des principaux pays donateurs (États-Unis, Allemagne, France, Royaume-Uni et Japon), a indiqué l'OCDE en avril. À eux seuls, les États-Unis ont entraîné les trois quarts de la chute: le retour de Donald Trump à la Maison Blanche s'est accompagné d'une réduction drastique de l'aide humanitaire avec le démantèlement de l'agence USAID.
La suppression de l'USAID "a eu un impact très important, mais ça a concerné un nombre assez limité d'ONG françaises", nuance Martin Kemp.
A contrario, la baisse du budget que l'État français alloue à l'APD "concerne une très grande part" d'entre elles, environ "80%" - notamment les petites et moyennes structures, les plus dépendantes des fonds publics. Or les crédits alloués à la mission d'APD sont passés de 5,93 milliards d'euros dans la loi de finance 2024, à 3,57 milliards en 2026 (-39,8%). Et pour 2027, le gouvernement envisage une nouvelle baisse du budget de l'APD de 300 millions d'euros.
"Remise en question de l'hégémonie" des ONG occidentales
Concrètement, pour les ONG françaises de solidarité internationale, cette cure d'austérité se traduit par une contraction de leur activité et, parfois, par des suppressions de postes. Dans son étude, Coordination SUD s'est basée sur des données collectées auprès de 72 organisations "globalement représentatives" et extrapolées pour obtenir une estimation de chiffrage à l'échelle de l'ensemble du secteur.
Entre juillet 2025 et juin 2026, les ONG françaises ont revu à la baisse ou interrompu quelque 400 projets, portant à près de 1.700 le nombre de projets affectés par les coupes depuis 2024, estime Coordination SUD. Plus de 17,5 millions de personnes dans le monde (+2,5 millions depuis juillet 2025) voient "leurs conditions de vie se détériorer" du fait de ces centaines de projets avortés, selon ses calculs.
Et le pire reste peut-être à venir pour le secteur de la solidarité internationale, qui se dirige "vers des temps très durs", dit le chercheur en gestion des ONG Vincent Pradier. Car cette crise du financement est, selon lui, "révélatrice" d'une "remise en question de l'hégémonie" des ONG occidentales à tous les niveaux: par les pays du Sud, par des contestations internes, mais aussi par les mouvements populistes qui remettent en cause son utilité.
"Moins d'argent mais plus de travail"
"On va subir une baisse importante des financements de l'AFD (Agence française de développement, ndlr), avec une perte de 47% prévue pour la période 2026-2028", témoigne Florence Thune, directrice générale de Sidaction. "Un coup porté à la lutte contre le VIH" car l'ONG, financée à 80% par des dons privés, va devoir abandonner certaines formations et diminuer son soutien financier accordé à des associations partenaires en Afrique de l'Ouest.
La Fédération internationale des actions chrétiennes pour l'abolition de la torture (Fiacat) a même dû supprimer des postes. Passée de 12 salariés en janvier à neuf en mai, l'ONG ne devrait plus en compter que huit à la fin de l'année. Avant de potentiels licenciements en 2027. Selon Coordination SUD, au moins 6.000 emplois ont été supprimés au cours des 12 derniers mois ou sont menacés d'ici 2027, "dont plus de 1.100 en France", portant à 16.000 le nombre d'emplois supprimés depuis 2024.
Sur trois projets d'envergure qui s'achèvent fin 2026, la Fiacat va "devoir en abandonner au moins deux", regrette le directeur exécutif Guillaume Colin. "Il y a moins d'argent mais plus de travail", résume-t-il, car en parallèle des coupes budgétaires, "la situation des droits humains ne progresse pas".