41e Festival Radio-France : la merveilleuse pianiste Vanessa Wagner a offert un éblouissement bipolaire
Samedi 18 juillet, au dernier jour de la 41e édition du Festival Radio-France, la grande pianiste Vanessa Wagner a donné pour la première fois, un récital passionnant et étincelant croisant "Préludes" de Bach et "Études" de Glass.
C’était une première pour elle, a avoué Vanessa Wagner au terme de son sublime récital samedi 18 juillet à l’Opéra-Comédie, à Montpellier. Pas la première fois qu’elle jouait des Préludes de Johann Sebastian Bach, pensez, pour une pianiste ! Pas non plus nouveau pour elle qu’elle interprétait des Études de Philip Glass (elle en a enregistré une somptueuse intégrale l’an passé pour le label InFiné). Mais elle n’avait jamais jusque-là proposé ce programme faisant dialoguer les unes et les autres. Et d’avouer, en remerciant l’assistance de l’avoir suivie dans ce voyage entre le minimalisme de l’un et le maximaliste de l’autre, être elle-même un peu "partie" en chemin…
Sans doute est-ce pour que le décollage soit le plus élevé possible, et même carrément mystique, que la pianiste avait choisi d’ouvrir son programme avec deux pièces d’Arvo Pärt, la méditative Trivium et l’élégiaque Variations for the Healing of Arinushka. Après ces dix minutes de mise en vibrations des cordes et des âmes, Vanessa Wagner pouvait se lancer dans son exploration bipolaire, en commençant par enchaîner les Études n°1 et 2 de Glass. L’occasion déjà de nuancer le "minimalisme" du compositeur américain : le terme ne convient pas si bien à ses pièces profuses et cérébrales dans lesquelles les motifs semblent parfois se superposer comme les vagues d’une mer tourmentée sur un rivage anonyme.
Un dialogue profond
Une résonance, un silence, une main suspendue dans son vol, un hochement de tête, et la virtuose d’offrir le "tube" Prélude n°1, issu du fameux Clavier bien tempéré de Bach avant de repartir à l’assaut d’une nouvelle Étude de Glass (la n°11), et ainsi de suite. Parfaitement "composé", jamais monotone, son programme varie les intentions et les humeurs, ici exercice de style abstrait, là narration dramatique, ici plage économe de notes, là orage prodigue, ailleurs cyclone dément. Ses mains semblent un instant planer tels des oiseaux au-dessus du clavier, portées par quelque courant thermique et à un autre, s’abattre sur lui comme des balles de grêle. Et son corps de se balancer cependant, entre transe et hypnose.
Quand arrive le terme de son programme, Vanessa Wagner se lève comme on quitte un état second, et la salle fait de même, sonnée, émerveillée. Les applaudissements sont longs, sincères, insistants. Touchée, la musicienne rayonne… et offre en bis l’Étude n°8 de Glass qu’elle n’avait pas retenue, bien qu’elle l’aimât particulièrement. On comprend pourquoi dans les deux cas : c’est une splendeur par trop poignante, trop sentimentale, pour ne pas déséquilibrer une réflexion émotionnelle et pianistique par ailleurs magistrale ! Mais en rappel, quel cadeau !