1976-2026 : "Ça a été très difficile..." Il y a un demi-siècle, les fortes chaleurs et la sécheresse frappaient déjà les agriculteurs du Sud-Ouest
l'essentiel Durant l’année 1976, la France a connu une sécheresse suivie d’une canicule pendant l’été qui a marqué le monde agricole et la mémoire collective. Entre un manque de pluie persistant et de fortes chaleurs, le pays a dû s’organiser pour faire face à une pénurie d’eau et de fourrage. Retour sur un été de crise nationale.
"Sécheresse, ça continue !" C’est ce que l’on pouvait lire à la une de La Dépêche du Midi du 27 juin 1976. Un épisode suivi de près par les journaux de l’époque qui a débuté bien avant l’été. Tout commence en réalité à la fin de l’année 1975. Les pluies se font rares pendant l’hiver ainsi qu’au printemps. Les nappes phréatiques ne se rechargent pas, les sols s’assèchent progressivement et les premiers signes d’inquiétude apparaissent dans les campagnes.
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Dès le mois de mai, une première période de fortes chaleurs s’installe, suivie d’une seconde en juin. Elles aggravent une situation déjà fragile, mais ce n’est qu’à partir du 23 juin qu’une véritable canicule s’installe sur le pays pendant près de deux semaines. La réalité du terrain est brutale. Les journaux racontent avant tout les conséquences du manque d’eau : les cultures qui dépérissent, les rivières qui s’assèchent et les éleveurs qui peinent à nourrir leurs animaux.
Pour Christiane Pieters, agricultrice retraitée de 72 ans, qui élevait des vaches laitières et cultivait de l’ail à l’époque, ces semaines restent ancrées dans sa mémoire. "À ce moment-là, je m’occupais d’un troupeau de vaches laitières. Franchement, ça a été très, très difficile." Faute d’herbe et de fourrage en quantité suffisante dû à la sécheresse, les animaux cherchent à s’échapper des parcelles pour trouver de la nourriture ailleurs. "Je me souviens avoir passé mon temps à courir après les vaches qui cassaient les clôtures parce qu’elles n’avaient plus assez à manger."
Un épisode qui a marqué les mémoires
Pour venir en aide aux agriculteurs sinistrés dans le Gers, l’armée de l’époque s’est par exemple mobilisée pour acheminer de la paille vers les exploitations les plus touchées. Dans son édition du 9 juillet 1976, La Dépêche du Midi décrit l’"Opération paille" sur les collines du Gers.
Une quarantaine de camions militaires d’Auch sont alors transformés en transporteurs pour acheminer 20 000 tonnes de paille aux agriculteurs sinistrés, aidés par les organisations agricoles locales.
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Face à l’inquiétude qui gagne la population, le pouvoir politique tente de monter au créneau. Le 4 juillet 1976, la une de La Dépêche relaie la parole du Premier ministre Jacques Chirac qui tente d’apaiser le pays : "Pas de panique mais pas de gaspillage". Le manque d’eau bouleverse le quotidien, au point que dans certaines communes, comme Maupas (Gers), les usagers envisagent de "remettre en état les vieux puits et de repartir à la fontaine comme autrefois" pour pallier le manque de pression au robinet, mentionne La Dépêche du Midi dans un article du 12 août 1976.
Dans les journaux de l’époque, il est davantage question de sécheresse que de canicule. En 1976, c’est l’association de plusieurs mois de sécheresse ajoutée à l’arrivée de la canicule du 23 juin au 6 juillet qui fait de cette année, une année exceptionnelle. Si l’ensemble du pays est touché, les régions du Nord, de l’Ouest et du Centre sont les plus durement frappées, tandis que le Sud-Est et le pourtour méditerranéen sont moins affectés par rapport à leurs normales saisonnières.
La sécheresse : crise agricole, mais aussi économique
Face à l’ampleur de la crise, le débat sur le financement des aides devient central. Comme on peut le lire dans une tribune de La Dépêche du 18 août 1976, le sénateur du Gers Henri Tournan plaide pour une "solidarité nationale", suggérant qu’une "contribution par exemple à l’impôt sur le revenu" soit mise en place pour aider les agriculteurs sinistrés.
Cette idée se concrétisera finalement par le célèbre "impôt sécheresse", mis en place par le gouvernement, une majoration exceptionnelle de l’impôt pour les ménages les plus aisés.