10.000 propriétaires de voitures Saab en France viennent d'apprendre qu'ils doivent remplacer leur airbag Takata mais l'opération ne sera pas gratuite pour eux
10.000 propriétaires de voitures Saab en France viennent d'apprendre qu'ils doivent remplacer leur airbag Takata mais l'opération ne sera pas gratuite pour eux
Publié aujourd'hui à 13h17
Lire dans l'appInformés avec des années de retard d'un risque mortel, 10.000 propriétaires de Saab en France doivent payer 475 euros pour remplacer leur airbag Takata. Sans accident mortel recensé sur la marque et faute d'entité juridique active pour déclencher un rappel d'urgence "stop drive", l'État laisse circuler ces véhicules au contrôle technique tout en abandonnant les usagers face à une facture salée et un réseau d'ateliers au maillage squelettique.
En France, environ 10.000 automobilistes propriétaires d'une Saab produite entre 2005 et 2011 vivent une situation ubuesque. Dans leur boîte aux lettres, un courrier recommandé envoyé par le ministère des Transports en juin 2026 leur intime l'ordre de remplacer au plus vite l'airbag conducteur de leur véhicule. En cause : les fameux airbags de l'équipementier japonais Takata, en faillite, dont le propulseur au nitrate d'ammonium peut se dégrader avec le temps et l'humidité jusqu'à exploser. Cet équipement défectueux a déjà provoqué des rappels massifs chez de nombreux constructeurs, à l'image de Citroën, DS, BMW, Volkswagen ou Mercedes.
Pour Guillaume, 40 ans, fonctionnaire et propriétaire d'une Saab 9-5 de 2007 acquise en 2025 dont le témoignage a été recueilli par Le Parisien, l'avertissement sonne comme une douche froide. Cet automobiliste découvre le danger des années après le début du scandale mondial : "Cette information intervient très tardivement, alors que le scandale des airbags Takata est connu depuis de nombreuses années", s'étonne-t-il, agacé. D'autant que le suivi fait défaut :
"Depuis l'achat de ma Saab, ni le constructeur, ni les autorités, ni aucun professionnel de l'automobile ne m'avaient alerté, alors que mon véhicule a passé son contrôle technique en décembre 2025", grogne Guillaume.
La faille du contrôle technique : un danger mortel autorisé à rouler
Depuis le 1er janvier 2026, la réglementation s'est pourtant durcie. Les véhicules sous le coup d'un rappel "stop drive" (injonction de ne plus rouler) avec un airbag Takata non remplacé subissent un échec immédiat au contrôle technique, avec une contre-visite critique et une interdiction de circuler dès le lendemain. Mais c'est là qu'intervient la subtilité administrative pour Saab. Aucun accident mortel n'ayant été recensé sur la marque en France et Saab ayant disparu au début des années 2010, aucun rappel "stop drive" officiel n'a été émis pour ces modèles en Europe.
Conséquence au contrôle technique : ces voitures font en théorie encore l'objet d'un "rappel simple". Si le défaut de sécurité est grave, il est seulement mentionné sur le procès-verbal à titre d'information depuis début 2025, sans interdiction de rouler ni contre-visite. L'État compterait en réalité sur le cycle normal de deux ans des contrôles techniques pour informer progressivement l'ensemble des automobilistes d'ici 2028.
Cette nuance technique génère une certaine confusion sur le terrain. Certains garagistes, persuadés à tort depuis le 1er janvier 2026 que tous les véhicules Takata sont sous le coup d'une interdiction absolue (alors que ce sont uniquement les rappels "stop drive"), soutiennent à leurs clients que leurs Saab sont immobilisées, alors même que d'autres propriétaires passent leur contrôle technique sans être bloqués.
Guillaume constate l'absurdité de ce courrier recommandé qui "ne mentionne aucune mesure de type Stop Drive". Il confie au quotidien : "Je ne sais donc pas si je peux continuer à prendre ma voiture en toute sécurité ou si je fais courir un risque à ma famille et à moi-même à chaque trajet". Contactée, l'autorité de surveillance du marché des véhicules et des moteurs (SSMVM) recommande pourtant aux propriétaires "de ne plus utiliser ces véhicules dans l'attente du remplacement de l'airbag".
Facture salée et désert mécanique : le calvaire des usagers
Le risque est avéré. À ce jour, 47 accidents liés aux airbags Takata ont été recensés en France, causant 21 morts : 18 en outre-mer et 3 en métropole dont le dernier en Haute-Savoie début 2026. Mais contrairement aux clients d'autres marques qui bénéficient d'une réparation gratuite, les propriétaires de Saab sont envoyés à la caisse.
"En raison de l'absence d'entité juridique capable, les frais de remplacement sont à la charge exclusive du propriétaire du véhicule Saab concerné", indique le courrier du ministère des Transports.
Sollicité par le ministère, le spécialiste de pièces détachées Hedin Parts propose une solution de remplacement via des garages agréés. Mais l'addition se révèle assez salée. Le devis pour cette intervention s'élève à 475 euros. "C'est révoltant, réagit Guillaume. Je ne comprends pas pourquoi les propriétaires de Saab devraient supporter le coût d'un défaut dont ils ne sont en rien responsables."
À l'addition financière s'ajoute un véritable parcours du combattant logistique, l'atelier est ainsi situé à deux heures de route de son domicile. La carte des centres de service partenaires d'Hedin Parts révèle un maillage territorial squelettique avec seulement dix ateliers référencés pour l'ensemble du territoire national. Des régions entières, comme le Nord-Est ou le Centre de la France, se retrouvent totalement dépourvues de garages en mesure d'intervenir.
Sur les groupes d'entraide de propriétaires, les appels au secours se multiplient. À Strasbourg, un automobiliste cherchant à faire remplacer l'airbag d'une Saab 9-3 de 2006 se heurte au refus ou à l'impossibilité de tous les garages locaux, faute de pièces disponibles. Pour effectuer l'intervention, les conducteurs alsaciens sont contraints de parcourir près de 150 kilomètres jusqu'à Chaux, dans le Territoire de Belfort, où se situe le seul atelier agréé de la région, chez "Max Autos 90".
"Nos services tiendront informés les propriétaires de l'existence d'autres opérateurs éventuels en capacité de procéder à ce remplacement", note le courrier du ministère.
L'échappatoire de General Motors et le précédent australien
Pour se justifier, l'administration indique avoir examiné les obligations de General Motors (GM), maison-mère de Saab lors de la fabrication des véhicules. Mais selon le SSMVM, GM n'avait pas le statut d'importateur dans l'Union européenne et n'exercerait donc aucune responsabilité juridique sur le territoire européen. Un comble au moment où le groupe américain est en train de relancer sa marque Cadillac en Europe depuis début 2024.

L'argument de cette prétendue disparition de GM passe mal auprès des usagers. En Australie, l'État a contraint General Motors, via son réseau Holden Saab, à lancer dès le 22 janvier 2019 un rappel obligatoire pour ces mêmes modèles Saab 9-3 et 9-5 (2006-2011), avec remplacement 100% gratuit en environ une heure.
L'indifférence de GM en France surprend d'autant plus que l'entreprise est toujours active sur le territoire. La société General Motors France est bel et bien immatriculée à Paris, avec son siège social au 3 rue du Colonel Moll, dans le 17e arrondissement, note un autre propriétaire concerné contacté par BFMTV.
Après s'être rendu dans une concession Cadillac à Paris, filiale du groupe, Guillaume s'est vu opposer un mur du silence : "Les représentants de la marque m'ont renvoyé vers une adresse mail General Motors, j'ai écrit mais je n'ai jamais obtenu de réponse…", soupire-t-il. Une situation vécue par un des propriétaires français de Saab comme "une double peine, celle du danger de mort et de la facture salée pour y échapper".